Impliquer vraiment les salariés, note de lecture

Impliquer vraiment les salariés, de Gaëlle Roudaut et Fabienne Ravassard, est sorti chez Vuibert en avril 2022. Ce livre post Covid met l’accent sur la zone de création de valeur au cœur de l’entreprise. Un livre qui invite à revisiter l’expérience entreprise à l’ère du digital et de l’intelligence artificielle. Car même si le livre est sorti avant la vague de l’IA générative, sa conclusion sous la forme d’un dialogue entre Joana (nouvelle recrue) et un chatbot, nous paraît presque banale aujourd’hui, vu la démocratisation de l’usage de ChatGPT, Copilot et consorts. C’était bien vu à l’époque de la sortie du livre, ce qui montre toute sa pertinence en matière d’anticipation pour accompagner la transformation de nos entreprises face aux multiples changements de nos sociétés.

Note de transparence : Gaëlle et Fabienne m’ont interviewé pour leur livre, pour le chapitre 6 dédié à la digitalisation. J’y reviens un peu plus bas.

Les autrices ne se contentent pas d’anticiper. Elles expliquent et guident. Les vingt pistes d’actions qu’elles proposent sont à mettre en place immédiatement. À ce titre, Impliquer vraiment les salariés est une mine d’or pour accompagner les dirigeants dans leurs réflexions.

Un livre dont vous êtes le héros

Dès la page 10, le lecteur devient le héros du livre. C’est assez rare pour être mentionné. Et c’est appréciable. On se sent embarqué vers un voyage qui nous concerne en tant que dirigeant. Avec une représentation non linéaire de l’entreprise, le lecteur aborde ainsi en premier ce qu’il préfère sans oublier le reste.

Mais à qui s’adresse le livre Impliquer vraiment les salariés, me direz-vous ? Le bas de la page 11 nous donne peut-être une indication sur les lecteurs qui tireront le plus d’intérêt à lire ce livre : les patrons et RH d’entités de plus de 200 personnes. Si c’est votre cas, foncez !

L’innovation commence avec les salariés

Avec la synthèse du livre de Vineet Nayar, Employees First, Clients Second, qu’elles dressent page 18, il y a quoi redorer le blason des consultants qui accompagnent les équipes RH, et remettre à leur place les consultants en relation client. Juste une question d’équilibre.

« Innover est devenu une obligation structurelle pour rester dans la compétition, dans un monde où l’accélération et l’incertitude jouent à armes égales. » (Page 69)

Avec cette phrase, on comprend que les autrices inscrivent leur propos dans le vaste mouvement de l’innovation. C’est une vision dynamique de l’entreprise qu’elles soutiennent. Une entreprise organique, vivante, en mouvement. Chaque collaborateur en est une cellule qui interagit avec les autres dans un écosystème complexe.

Le digital, au cœur de l’entreprise moderne

« En matière d’expérience digitale, l’écart de qualité entre vie personnelle et vie professionnelle s’est creusé, au détriment de la relation à l’entreprise. » (Page 112)

Ce qui était déjà vrai début 2022, l’est toujours deux ans plus tard. Entre temps, les IA génératives ont déferlé. Les intelligences artificielles sont devenues si omniprésentes qu’elles ont suscité de nouvelles angoisses, contraignant le législateur à agir. Pour les dirigeants, comprendre l’écart d’expérience digitale entre le perso et le pro, est plus que jamais indispensable.

Le digital, c’est déjà ce qui m’a amené à faire connaissance avec Gaëlle, en marge de mon intervention à Digital RH le 26 novembre 2019, sur le thème « Comment mettre l’humain au cœur de la transformation digitale ? »

Mes réponses aux questions des autrices

Près de deux ans plus tard, elle m’interviewait, accompagnée de Fabienne. Entre temps j’avais créé DIMM.UP et lancé la plateforme dimmup.com. L’aspect humain est un des six piliers de la maturité digitale d’une entreprise. Les visions que nous défendons se rejoignent ainsi parfaitement :

Témoignage de Michaël Tartar, page 113 du livre Impliquer vraiment les salariés.
Page 113 du livre Impliquer vraiment les salariés, Gaëlle et Fabienne restituent notre échange.

Je profite de cet article pour remercier Gaëlle et Fabienne de m’avoir permis de m’exprimer auprès de leurs lecteurs. Je suis aussi heureux de voir cité comme source d’inspiration page 219 mon deuxième livre, Transformation digitale 2.0, co-écrit avec David Fayon. Voilà qui est flatteur ! Depuis, notre troisième livre est sorti, La transformation digitale pour tous !, best-seller 2022 chez l’éditeur.

Ce que j’ai aimé

En synthèse, j’ai apprécié plusieurs points à la lecture de l’ouvrage :

  • L’idée d’une inversion des hiérarchies. Le siège devenant un support au terrain, et non une haute tour d’ivoire redoutée.
  • La prise en compte du réel des travailleurs de la zone de création de valeur.
  • Le digital un peu partout : intranet, questionnaires en ligne, chatbot RH…
  • Les illustrations de La Patate @Work, qui allègent le propos, apportent une respiration bienvenue dans un texte somme toute sérieux.
  • La structuration du texte, avec des éléments de petites histoires issues du terrain pour illustrer le propos (comme si on était au théâtre), des zooms sur des concepts, des pistes à mettre en pratique.
  • La présentation synthétique de travaux d’autres auteurs, de chercheurs, d’enseignants.

Ce que j’ai moins aimé

Il y a aussi quelques points que j’aurais aimé que les autrices développent un cran plus loin :

  • De nombreuses pistes évoquées chamboulent les relations salarié – employeur. Du coup je m’interroge sur le rôle des instances représentatives du personnel, sur la rémunération des innovations, etc.
  • Regard sur l’international : les pistes proposées sont-elles innovantes dans un contexte mondial ?
  • Essaimage et spin-off peuvent-ils être des modèles épanouissants pour les salariés et aussi au bénéfice de l’entreprise ?

Des points qui pourront être développés sur le site compagnon du livre : https://www.impliquervraimentlessalaries.com/.

Anecdote

Lire un livre, c’est prendre du recul, se laisser guider, réfléchir, se rappeler aussi. Ainsi la piste 2 « les personas internes », m’a remis en mémoire le souvenir d’une mission chez McDonald’s où j’intervenais en 2002. Les collaborateurs faisaient chaque année un passage en restaurant, lors du Founder’s Day. Une bonne façon pour les gens du siège de vivre le quotidien de la zone de création de valeur. À en voir l’analyse de l’UX des outils mis à disposition en restaurant McDonald’s menée par Patrick Avril de use.design, je me demande si cette journée d’immersion est encore en place.

Conclusion

Les autrices invitent finalement les fonctions RH, centrales, support, à plus d’empathie vis-à-vis de ceux qui créent la richesse de l’entreprise. Elles proposent des actions qui semblent relever du bon sens quand on prend du recul, mais qui se télescopent avec les impératifs économiques, la pression des actionnaires et les obligations réglementaires.

À la lecture du livre Impliquer vraiment les salariés, on a le sentiment que le monde est arrivé à un niveau de complexité difficilement soutenable, surtout dans les grandes entreprises. Le livre apparaît ainsi comme une fenêtre de prise de parole des salariés. Au XIXe siècle ils auraient été heureux d’avoir un travail à la chaîne dans l’entreprise d’un bourgeois du coin. Au XXIe siècle ils sont perdus dans d’immenses structures et aspirent à être écoutés. Ils auraient tout intérêt à se prendre en main et arrêter d’en demander toujours plus à l’entreprise.

Il y a aussi une forme d’indécence à demander autant d’efforts pour cajoler des salariés de grandes entreprises alors que l’écrasante majorité des salariés en France travaillent dans de petites entreprises où on est très loin d’avoir à se préoccuper de tout ça.

Il n’empêche que pour les dirigeants et RH d’entreprises de plus de 200 salariés, Impliquer vraiment les salariés, est une saine lecture.

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