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Assises du numérique 2013

Assises du Numérique 2013Les Assises du numérique présentaient pour leur 6e année, un agenda d’une grande richesse et des intervenants de haut niveau pour faire le point sur le numérique dans notre pays. J’ai tenté de restituer ici les éléments qui m’ont marqué de cette journée à laquelle j’ai eu le privilège d’assister. Une journée dont je garde à froid un souvenir mitigé, à la fois heureux de voir le numérique traité à bon niveau, et en même temps triste de constater le retard que la France ne cesse de prendre sur ce sujet.

Précaution de lecture : je restitue ici les points qui ont attiré mon attention en les commentant. Il s’agit plus de notes commentées que d’un véritable compte-rendu. Attention donc à ne pas considérer que tout ce que j’écrits a été prononcé par les intervenants. Certains propos sont des réflexions à chaud de ma part.

Petit préambule sur la forme de la journée : d’emblée, ça commence mal. J’arrive à trouver le hashtag (ou « mot-dièse » pour les puristes) en consultant Twitter. Quelle surprise de découvrir un underscore (« souligné bas, touche 8 sur le clavier » pour les puristes) dans ce qui doit servir de marqueur aux tweets (« courts messages publics » pour les puristes). Je sens confusément que la journée ne sera pas dense en échanges directs avec les participants et plus généralement tous ceux qui suivent cet événement. Surprise aussi en arrivant dans la salle : le programme ne mentionne ni le fameux hashtag, ni de code Wifi. Même mon smartphone ne parvient pas à capter la 3G ! Me voilà enfermé dans une salle pour la journée, condamné à écouter les intervenants sans pouvoir m’exprimer (sauf si l’on me donne le micro) et surtout sans pouvoir faire rayonner la conférence en dehors de la salle, au moment où les conférenciers s’expriment. En d’autres termes, les Assises du numérique portent bien leur nom : elles proposent de s’asseoir sur le numérique, ignorant les usages désormais courants dans les conférences de ce type. Le choc ! Pierre-Olivier Pulveric attaque la journée en expliquant que le thème de la journée est les années 20-30 ! Années où le cinéma émergeait. Mon dieu, c’est peut-être pire que ce que je pouvais craindre en arrivant !

Discours d’Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg explique à l’assistance avec sa verve habituelle, que le numérique bouleverse en profondeur toutes les industries : culture, hôtellerie, éducation, etc. Mais aussi que « Orange, numéro 8 mondial, est trop petit, tout ça à cause de l’Europe qui a provoqué la balkanisation des opérateurs télécom ». Au terme de son intervention, il me semble évident que le numérique ne peut pas souffrir le bal des politiques. Je peux comprendre que le Ministre du Redressement Productif déplore la position d’Orange au niveau mondial. Je comprends moins qu’il reproche à l’Europe d’en être la cause, dans un pays qui a libéré la concurrence des opérateurs télécom. Les politiques en charge du développement du numérique dans notre pays doivent absolument s’unir dans l’intérêt national.

Parmi les 34 plans industriels qu’il a lancés, Arnaud Montebourg précise que 10 sont consacrés au numérique. Trois exemples cités par le ministre : objets connectés, big data, cloud computing. J’entends le discours volontariste, puis au fil des mots, je ressens la lassitude de l’énumération. Quelle est la vision du numérique pour notre pays ? Puisque la journée a commencé en parlant des années 20-30, je me souviens des grands projets du Général de Gaulle dans les années 60 qui voulait par exemple l’indépendance énergétique pour la France, ou encore l’autonomie dans sa politique étrangère. Voulons-nous par exemple maîtriser notre avenir numérique en disposant de nos propres infrastructures, de nos capacités à les faire évoluer ? Voulons-nous développer le rayonnement de la France par-delà les frontière en nous appuyant sur le numérique ? Le ministre ne dit rien de tout cela. En revanche, il explique qu’il a présenté ses 34 plans au MIT, sans préciser l’accueil qu’il a reçu. Pire, je n’ai rien entendu (aurais-je mal écouté ?) sur la contribution du numérique à l’emploi, sur les filières de formation à mettre en place, sur l’aménagement du territoire rénové avec le numérique, sur le financement de cette filière, etc. Bref, je suis resté sur ma faim et ne me sens pas rassuré ni enthousiaste sur l’ambition que notre pays se donne sur le numérique, au travers des propos du ministre.

Table ronde sur les usages animée par Olivier Ezratty (@olivez)

Quatre intervenants pour cette table ronde, intervenants présentés rapidement par Olivier Ezratty (je renvois le lecteur au site de la conférence pour une présentation plus détaillée) :

  • Laurence Allard, ethnologue qui s’intéresse au foyer, socio-ethnographe des usages
  • Philippe Portelli, s’intéresse à l’éducation
  • Isabelle Flory, s’intéresse à la transformation des entreprises
  • Benoit Thieulin, président du CNN, poil à gratter du gouvernement sur le numérique

Les intervenants commencent d’abord par rappeler l’enjeu de se départir d’une vision générationnelle et d’un rythme effréné du numérique. Le mythe de la génération Y a pourtant la vie dure. Quant au rythme d’innovation, il s’impose par la rapidité d’adoption des usages.

Au sein des entreprises, l’adoption du numérique peut être favorisée par des méthodes de management. On constate que le DSI n’a désormais plus le monopole du numérique. La transmission du savoir change le rapport au pouvoir, et pourtant les hiérarchies perdurent.

Au-delà de l’adoption d’usages, du développement de technologies, le numérique est surtout porteur de valeurs. La révolution numérique en cours est probablement aussi importante que celle du passage de l’oral à l’écrit (voir à ce sujet l’excellent Petite Poucette de Michel Serres).

Table ronde sur les Fab Lab animée par Pascal Minguet

Deux intervenants pour cette table ronde :

  • Daniel Kaplan, DG de la FING
  • Jean-Michel Molenaar, directeur du Fab Lab de Grenoble

Les Fab Lab forment un réseau mondial de fabrication numérique, ouverts à tout le monde, dans lequel on peut tout fabriquer.

On considère qu’il y a une vingtaine de Fab Lab ouverts en France, 156 projets qui ont répondu à l’appel à projet lancé par Fleur Pellerin. A l’échelle mondiale, on reproche à la France d’être trop peu interconnectée.

Cette table ronde m’a inspiré plusieurs questions. Comment les Fab Lab sont-ils financés ? Sont-ils des centres d’innovation ? Comment les industriels peuvent-ils développer à grande échelle les produits fabriqués dans un Fab Lab ? L’exemple des prothèses de bras est à ce titre impressionnant : chaque prothèse étant unique, aucun industriel n’a pu être trouvé et les Fab Lab sont là pour prendre le relais.

Table ronde sur le Cloud Computing animée Frédéric Simottel

Cinq intervenants :

  • Patrick Starck, Président de CloudWatt
  • Philippe Tavernier, PDG de Numergy
  • Hervé Rolland, DG Délégué d’IBM France
  • Emmanuel Mouquet, VP et DG de Dell France
  • Daniel Coetsier, VP Global Services Partners de EMC

Lors de cette table ronde, le cloud computing est présenté comme un facilitateur de la transformation numérique des entreprises. Un moyen de tester de nouveaux services, de nouveaux usages, sans changer fondamentalement la culture de l’entreprise. Sur le plan du financement des entreprises, il est à noter que les startups utilisent le cloud pour éviter de mobiliser des capitaux pour son informatique.

Les intervenants ont rappelé les trois grandes priorités  d’un chef d’entreprise : la Top line (compétitivité), la bottom line (performance opérationnelle), le risque (concurrence). Le cloud computing s’adresse à chacune de ces trois priorités. Il s’agit donc moins de « computing » au sens informatique technique du terme, mais bien de répondre aux grands enjeux de l’entreprise, au service de son développement.

En France, les discussions sur le cloud commencent par « comment réduire les coûts ? », dans les pays anglo-saxons elles commencent par « comment créer de la valeur ? ». Question de philosophie, de culture, d’acceptation du droit à l’erreur, de l’essai. Dans un pays sclérosé par des rigidités sociales et fiscales, comment changer en profondeur nos réflexes ?

Exemple d’une PME de 170 millions de chiffre d’affaires en province, pour accompagner sa croissance externe qui veut se concentrer sur le développement de son business, et non sur les migrations informatiques.

80 à 90% des budgets informatiques des clients de Dell sont consacrés à la maintenance. Seuls 10% des budgets informatiques sont consacrés à la maintenance. Le cloud computing vise justement à rééquilibrer l’équation budgétaire informatique au service de la création de valeur.

Exemple de booking.com (qui s’appuie sûrement sur une coud, je n’ai pas vérifié) qui a bouleversé le marché de l’hôtellerie en grignotant les marges des hôteliers. Une mutation en profondeur d’une industrie, accélérée par l’utilisation d’une infrastructure informatique disponible dans le cloud. A grande échelle, c’est une part importante de la valeur de l’industrie hôtelière qui est captée par booking.com, acteur qui opère en dehors de notre territoire… et donc ne contribue pas autant que les acteurs locaux aux finances publiques au travers de l’impôt.

Pour le DSI, le cloud computing est une opportunité de changer son rapport avec ses clients internes, en se positionnant sur des problématiques métier. Un changement de posture qui nécessitera de revoir l’organisation des priorités du DSI et s’accompagnent d’une réorganisation de ses équipes et des compétences qui composent sa direction. Une mutation du rôle du DSI vers un rôle de CDO (Chief Digital Officer).

Au terme de cette table ronde, on a clairement le sentiment que le cloud computing peut convaincre le dirigeant d’entreprise, mais sera craint par le DSI qui le verra comme un concurrent amené à réduire ses budgets et ses équipes. A grande échelle, une adoption massive du cloud computing pose la question de la conversion des milliers d’informaticiens embauchés par les entreprises. Un fort enjeu pour les DRH, amenés à revisiter les filières métier des informaticiens. Un fort enjeu pour l’entreprise qui doit se mettre en mouvement et se transformer pour réaliser une vision d’une entreprise dans un monde digital.

Table ronde sur l’Open Data animée par Mehdi Benchoufi

Deux intervenants :

  • Henri Verdier, directeur Etalab
  • Jean-Marc Lazard, fondateur OpenDataSoft

Quatre dimensions clés de l’Open Data : transparence de l’action publique, modernisation de l’action publique (ex : Open Street Map), stimulation de l’innovation au sein de l’Etat, souveraineté nationale.

Exemple de l’agence de développement touristique des Alpes de Haute Provence qui utilise l’Open Data pour repenser son système d’information, casser les barrières public-privé, ouvrir l’accès aux données à des acteurs extérieurs et ainsi créer de la valeur pour le tourisme tout en réduisant les coûts.

L’Open Data Index classe la France en retrait (16e place). Et comme souvent lorsque la France est mal classée, on remet en cause le baromètre. La question me semble plutôt être de savoir si le baromètre est gouverné de manière transparente et permet de mesurer un progrès au service des citoyens.

Au final, l’enjeu majeur de l’Open Data en France nécessite de passer d’une culture du process à une culture de la donnée. Le nouveau portail Open Data de la France qui sera lancé le 18 décembre, sera peut-être porteur de cet enjeu.

Table ronde sur le Big Data animée par Mehdi Benchoufi

Intervenants :

  • Marielle Gallo, députée européenne
  • Edouard Geffray, secrétaire général de la CNIL
  • Gérald Salord, avocate

Le Big Data, un des 34 chantiers industriels lancés par le gouvernement, pose la question de concepts fondamentaux de la loi informatique et libertés, notamment par exemple sur la notion de finalité des données. Pour se développer, cadre juridique et confiance sont nécessaires.

Un règlement européen est en cours de vote sur le sujet du Big Data. En tant que règlement, il s’appliquera immédiatement aux 28 états membres.

Fondamentalement, la question est celle de la transparence sur l’exploitation des données et des traces personnelles. La sécurité et la confidentialité des données personnelles est également fondamentale, dans un souci de protection de l’individu. Ces questions pouvant être traitées dès la conception des services numériques (« privacy by design »).

Le cadre règlementaire qui régit le Big Data est au final un équilibre à trouver entre confiance (des individus, envers les entreprises) et création des conditions favorables à l’innovation. Un cadre règlementaire mouvant que les entreprises et les collectivités doivent suivre avec attention.

Intervention de Richard Viel sur le THD sur mobile

Pour le DG délégué des opérations commerciales de Bouygues Télécom, le Très Haut Débit sur mobile repose sur la technologie LTE (Long Term Evolution), disponible sur toutes les bandes de fréquences. Cette technologie est en cours de déploiement rapide, la France rattrapant son retard avec déjà 40% de la population couverte (63% du territoire). Une offre de terminaux est déjà disponible sur le marché, pour la plupart supportant un débit de 100Mbits/s, certains allant jusqu’à 200Mbits/s.

Une fois que les fondamentaux (technologie, réseau, terminaux) sont disponibles, les contenus peuvent être proposés pour développer les usages. Premier des contenus : la vidéo. En ascendant, la technologie LTE offre des débits de 10 à 20Mbits/s, rendant possible par exemple le développement du cloud computing, du jeu en ligne.

Une nouvelle technologie qui apporte une rupture aussi majeure que le mobile il y a 20 ans.

Table ronde sur la fiscalité numérique animée par Guillaume Buffet

Intervenants :

  • Marc Teissier, administrateur Vidéo Futur, membre du CNN
  • Christophe Leblanc, responsable des affaires publiques, Solocal
  • Marine Pouyat, commission juridique, FEVAD
  • Grégory Abatte, Président BEPS, OCDE
  • George Karam, Président GITEP et Sequans

L’OCDE a lancé le projet BEPS (Base Erosion & Profit Shifting) qui vise à refonder les bases de la fiscalité. Pour l’industrie numérique, ce projet donnera ses conclusions en septembre 2014 (un an après pour les autres industries). Les contributions des entreprises sont les bienvenues !

Le Conseil National du Numérique (CNN) souhaite que la France soit première en numérique et dernière en fiscalité du numérique, et non première en fiscalité du numérique et dernière en numérique.

Pour Solocal, le rapport du World Economic Forum plaçait la France au 23e rang mondial de l’investissement numérique. Médiamétrie soulignait un retard d’adoption du numérique par les cadres dirigeants. La fiscalité qui grève les entreprises est fortement pénalisante pour le développement de l’innovation, consubstantielle au numérique. Les dispositifs de soutien au numérique sont inadaptés. Parmi les 40 millions d’euros d’investissement de Solocal dans la recherche, seuls 5% ont éligibles au CIR (Crédit Impôt Recherche). Le CICE, plafonné à 2,5% du SMIC, ne s’applique pas au numérique, secteur dont les emplois sont mieux rémunérés.

Dans une logique de développement de société, l’optimisation fiscale est naturelle dans un monde où les logiques fiscales ne sont pas homogènes.

Pour la FEVAD (580 adhérents, représentant 130 000 sites marchands), la réflexion sur la fiscalité du numérique est forcément à l’échelle mondiale, le numérique étant mondial.

Pour illustrer le déséquilibre des règles fiscales dont bénéficient certaines acteurs du numérique, un intervenant mentionnent que les GAFAM ne paient quasiment pas d’impôts : avec 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ils paient en France 40 millions d’euros d’impôts, soit 0,5%.

Une belle table ronde, sur un sujet complexe que les intervenants ont su aborder avec pédagogie. Dommage qu’Arnaud Montebourg ne soit pas resté !

Intervention de Gabrielle Gauthey sur le rapport Gallois

En deux mots : le choc de confiance préconisé par le rapport Gallois remis il y 13 mois, est loin d’avoir produit les effets escomptés. Le MEDEF constate le retard pris par la France par rapport aux autres pays de l’OCDE et propose de nouvelles mesures permettant de rattraper notre retard dans le développement du numérique.

Table ronde sur le Très Haut Débit animée par Stéphane Lelux

Intervenants :

  • Marc Charriere, VP affaires publiques Alcatel-Lucent
  • Pierre Camani, Sénateur
  • Romain Bonenfant, ARCEP
  • Antoine Darodes, mission Très Haut Débit du gouvernement
  • Pierre Jandet, DATAR
  • Jean-François Bureau, affaires institutionnelles Eutelsat

Le déploiement du très haut débit dans les territoires a bien avancé et beaucoup de projets sont en préparation selon Pierre Jandet de la DATAR. Curieusement aucun taux de couverture n’est communiqué.

Risque de fracture numérique : une part significative de la population accède à l’ADL à 3 ou 4 Mbits/s. 40% de la population n’est pas couverte par la FTTH (fibre).

Dans le Lot et Garonne, 60% de la population n’est pas couverte en haut débit par les opérateurs privés.

Selon l’ARCEP, 2,7 millions de prises FTTH sont installées, à comparer aux 31 millions de paires de cuivre. On est donc encore loin d’un déploiement massif du très haut débit, malgré une croissance rapide de 40% cette année.

49 départements ont déjà sollicité 1,2 milliards de subventions sur les 3,3 milliards du plan France Très Haut Débit. Ces subventions complètent les 500 millions d’euros investis par les opérateurs privés. Trois chantiers à venir : consolider l’environnement industriel, soutenir les collectivités, développer les usages.

L’infrastructure numérique du haut débit actuel a été financée dans les années 70. C’est sur ce patrimoine que reposent les services à valeur ajoutée que nous utilisons aujourd’hui. L’infrastructure du Très Haut Débit vise à doter la France d’un socle sur lequel s’appuieront les services numériques de proximité de demain.

Une table ronde plutôt technique et qui rappelle que l’économie numérique ne peut exister que grâce aux réseaux télécom.

Intervention de Stéphane Keita (CDC)

La Caisse des Dépôts et Consignation intervient au cœur du triptyque infrastructure, services et usages, à la fois en financement et en accompagnement des acteurs concernés.

En quoi le numérique peut-il aider à rendre notre système éducatif plus efficace ? Voir le rapport Pisa, publié le matin même, et qui montre qu’il est urgent d’investir.

Il y a urgence à développer la culture du numérique dans notre pays et à contribuer à la formation de tous, tout au long de la vie.

Table ronde sur la culture numérique animée par Rost

Intervenants :

  • Anne Pican, directrice figaroscope.fr, TVMag.com et Evene.fr
  • Alban de Nervaux, RMN Grand Palais
  • Jean-Paul Delahaye, culture Culturonomics
  • Patrick Bezier, DG Audiens
  • Mehdi Tayoubi, VP Digital et Experimental Strategy, Dassault Systems

Patrick Bézier insiste sur la nécessité de développer un cadre permettant aux salariés du numérique de travailler et de s’épanouir, alors que beaucoup sont dans des situations précaires sous des statuts variés (auto-entrepreneurs, freelance, intermittents, etc).

Dassault Systèmes s’est posé la question du sens de ce qu’elle produit (des logiciels de modélisation 3D) et a choisi d’utiliser la culture comme levier de rénovation de l’image de marque de l’éditeur, en s’appuyant sur le digital. La culture devient un facteur de différenciation pour cette entreprise B2B.

Le Grand Palais a pu constater que la numérisation des œuvres augmente les visites dans les musées. 90% des visiteurs visitent le site avant de venir au Grand Palais. 75% des visiteurs ont des smartphones. Plus de 100 000 fans Facebook, sollicités pour tester les visuels des expositions par exemple. En aval de la visite, le Grand Palais vend des publications numériques de ses collections, plus seulement de même forme que la version physique. Par exemple le catalogue de l’exposition Hopper (vendu 45€) a fait l’objet d’une déclinaison numérique (vendue 4€) achetée à 15 000 exemplaires, soit 4 fois moins que la version papier. La question étant de savoir si cette application valait le coût d’être développée, s’il y a un recouvrement entre les achats papiers et numériques, et si cette première tentative augure d’un développement à venir favorable au numérique.

Une table ronde rafraîchissante, animée de manière inhabituelle par un Rost en pleine forme.

Interview de Françoise Mercadal Delasalles

Au sein de la Société Générale, Françoise Mercadal Delasalles est directrice des Ressources et de l’Innovation, une direction qui regroupe Informatique, immobilier achat et innovation. Cette direction a été créée suite à l’affaire Kerviel, dans l’esprit de mettre en place une nouvelle gouvernance axée sur la co-construction et une organisation horizontale.

La réflexion sur la position de la banque vis-à-vis du cloud a été menée avec l’ensemble des DSI Groupe. Ce qui a amené à prendre conscience que les 18 000 informaticiens internes avaient la capacité à développer un cloud propriétaire plus efficace pour servir les métiers de la banque qu’un cloud du marché.

Comment mobiliser le top management sur le sujet de la digitalisation ? Choix d’animer un débat sur le réseau social d’entreprise, auquel 3 000 collaborateurs étaient inscrits, sur la question « qu’est-ce qu’une banque digitale ? ». En quelques mois, plus de 27 000 collaborateurs ont rejoint le réseau social d’entreprise et se sont exprimés sur cette question. La mobilisation massive des collaborateurs a aidé le top management à prendre conscience de l’importance du sujet.

Désormais, l’enjeu est maintenant d’exploiter cette richesse des idées qui circulent sur les plateformes internes et externes à l’entreprise pour créer de la valeur dans un environnement de processus industriels.

Intervention de Gilles Babinet

La société civile doit être mieux considérée par la société française.

Enjeux régaliens de notre société : santé, efficacité de l’Etat, modernisation de l’outil productif.

Santé (280 milliards d’euros de dépenses), 80 milliards de dépenses en médicaments, souvent surdosés. L’historisation du dossier médical a déjà montré dans certains pays une amélioration du protocole de santé

Efficacité de l’état : le numérique peut y contribuer de manière considérable (e-administration, Open Data, etc).

Modernisation de l’outil productif : une part importante de la valeur de l’entreprise fuit dans les données.

Conclusion

Sur le fond, une journée dense sur le thème de la libération de la croissance, montrant à quel point le numérique est un enjeu majeur de développement pour notre pays. J’ai été surpris que la gouvernance d’Internet, l’aménagement du territoire ou encore l’emploi, soient finalement peu voire pas abordés au cours des tables rondes et des key notes.

Sur la forme, je déplore une animation trop classique pour une conférence consacrée au numérique. A titre d’illustration le hashtag #adn_2013 a été donné à 11h10, soit plus de 2 heures après le début de la conférence, alors que de toute façon aucun Wifi n’était disponible dans la salle et la 3G inaccessible. Dommage.

Les 5 facteurs qui vont révolutionner notre société (conférence de Gilles Babinet du 4 avril 2013)

De son expérience à l’Institut Montaigne, puis à la tête du Conseil National du Numérique et aujourd’hui à la Commission Européenne, Gilles Babinet (@babgi) a identifié 5 facteurs qui vont révolutionner notre société grâce au numérique : l’éducation, l’Etat, le crowd, la santé, la connaissance, qu’il a détaillés lors de cette conférence organisée le 4 avril 2013 par Limelight. Occasion de passer en revue les grands enjeux de notre temps et de montrer comment le digital contribue à les résoudre. Une conférence bourrée de chiffres et d’exemples dont je laisse au lecteur le soin de vérifier l’exactitude.

Le court extrait en vidéo permet de se donner une idée du ton de la conférence dont j’essaie ci-dessous d’être un rapporteur fidèle.

Constat amer : les enjeux du numérique sont assez peu compris, notamment par les politiques. Or selon Gilles Babinet, « on n’est pas dans une évolution de modèle, mais dans une rupture ». Pour le démontrer, quelques chiffres :

  • 4,1% de croissance pendant les 30 glorieuses en France contre -1% par décennie depuis les années 70
  • 1000Md€ : c’est le coût des problèmes d’environnement à horizon 2040 pour la France
  • 50% des espèces pourraient disparaître à horizon 2100

Des chiffres impressionnants qui amènent Gilles Babinet à en déduire que « le modèle malthusien est faux ». Déduction qui s’accompagne de bonnes nouvelles :

  • 183 prophéties de fin du monde depuis la chute de l’Empire Romain, aucune n’a été réalisée
  • -30% de pauvres depuis 1990
  • 40% de la production agricole perdue en France, ce qui offre de belles marges de manœuvre pour nourrir plus de personnes à production constante

Sur le plan scientifique, Gilles Babinet pressent une évolution majeure liée à la physique quantique (souvenez-vous de Schrödinger). Sur le plan sociétal, il annonce la fin de la  société industrielle (adieu Taylor), de par la fin des gestes répétitifs du fait de la robotisation et de l’informatisation. Pourtant, citant Robert Solow : « je vois des statistiques partout, sauf dans les ordinateurs ». A se demander si le numérique contribue à la création de richesses. En particulier dans les services, qui représentent 50% de la valeur, il est nécessaire de trouver des gains de productivité en s’appuyant sur le numérique. Ces gains passeront par l’innovation, sachant que depuis 1995 les entreprises américaines les plus innovantes ont connu une croissance annuelle moyenne de +2,5% contre +0,7% pour les entreprises les moins innovantes. De quoi inciter à innover !

Facteur #1 : l’éducation

Gilles Babinet est sans appel : la massification de l’éducation (lancée en France par Jules Ferry au début du XXe siècle) sur des modèles tayloriens, est terminée. Deux facteurs expliquent la fin de ce modèle : la connaissance ne s’apprend plus (elle est disponible), et l’éducation devient ubiquitaire (on peut apprendre partout).

C’est ainsi que 100 000 élèves ont assisté aux 3 premiers Moocs de la Standford University en 2011 (neurosciences), permettant à 40 000 personnes de recevoir la même connaissance que les 600 diplômés annuels. L’écart est gigantesque, et on se prête à imaginer ce que ces 40 000 cerveaux vont pouvoir produire.

Autre exemple, Sal Khan qui a déjà distribué 200 000 millions de cours avec ses vidéos expliquant les mathématiques. Face à ce genre de déferlante à l’initiative d’un individu isolé, l’enseignement traditionnel en classe a-t-il encore de l’avenir ?

Pour certains, l’informatique est un domaine essentiel du savoir. C’est ainsi que Martha Linefox a lancé les Coding Kids, sur l’idée que le code (informatique) est la grammaire de demain. Gilles Babinet s’apprête d’ailleurs à lancer une initiative équivalente en France et appelle aux bonnes volontés.

Facteur #2 : l’Etat

La France compte 400 000 élus, ce qui s’avère totalement inefficace selon Gilles Babinet. Or, le numérique peut apporter une importante simplification des processus, par un meilleur partage des informations entre les administrations, voire la mise à disposition des données publiques de manière ouverte (« open data »). Notre modèle très centralisé rencontre aujourd’hui ses limites, alors que d’autres modèles sont expérimentés dans d’autres pays.

C’est ainsi que le Kenya expérimente par exemple un cadastre participatif : les gens se mettent d’accord entre eux, au niveau local, plutôt que de confier la gestion des terrains à une administration centrale.

Au niveau européen, la Commission Européenne évalue ainsi à 27 milliards d’euros les retombées annuelles potentielles de l’open data en Europe. Un marché gigantesque créateur de valeur. De quoi mobiliser les politiques actuellement soucieux de résorber les dettes publiques et de trouver de nouveaux relais de croissance.

Facteur #3 : le crowd

Pour Gilles Babinet, le « crowd » commence lorsque l’acte gratuit individuel crée une valeur collective. Les exemples sont de plus en plus nombreux. Le plus connu, Wikipédia, réunit aujourd’hui 18 millions d’entrées en 270 langues, et reçoit 1/2 milliard de lecteurs par mois. Certains peuvent y voir un acte gracieux au service de la communauté. D’autres peuvent y voir la destruction d’un modèle de distribution de la connaissance au travers d’éditeurs reconnus. Mais c’est surtout la diffusion étendue du savoir à une population qui frappe.

Le crowd n’est pas limité qu’au partage gracieux de connaissances. C’est ainsi que Kiva.org distribue des prêts caritatifs (380 millions de dollars en 2012) auprès de 940 000 bénéficiaires dans 66 pays. Un financement de l’économie réelle sans intermédiaires financiers, ou comment les gens s’entraident en se faisant confiance. Autre exemple avec Kickstarter, fonds de capital risque d’innovation qui a levé 300 millions de dollars en 2012. De quoi encore financer la création de valeur, avec probablement une implication plus importante de l’apporteur de fonds. Dans la même veine, le Landing Club prête à la communauté avec un taux d’efficacité 4 fois supérieur aux banques. L’engagement réciproque du prêteur et de l’emprunteur, de nature différente par rapport aux relations entre un client et son banquier, explique probablement ce succès.

Le crowd, c’est aussi l’intelligence collective, celle qui permet de résoudre des problèmes en démultipliant les forces mobilisées. Salvatore Iaconesi a par exemple mis en ligne ses radios pour recevoir des conseils de la communauté pour lutter contre son cancer. Avec Aika, Gilles Babinet propose ainsi la résolution de problèmes créatifs pour les entreprises par la communauté.

Facteur #4 : la santé

Le numérique a déjà contribué à transformer l’offre de santé. Pour Gilles Babinet, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements. On se prête à imaginer ce que permettrait la diffusion continue de points de mesure via les smartphones, avec l’émergence d’une santé beaucoup plus fine, tenant compte de l’historique du patient.

Sachant que dans l’OCDE, un tiers des prescriptions médicales sont injustifiées, car 50% des patients mentent à leur médecin, on imagine ce qu’apporterait une plus grande transparence dans la mise à disposition de données médicales, et les gisements de réduction de coûts d’un secteur qui coûte 240 milliards d’euros à la collectivité.

Une plus grande transparence qui peut faire craindre un syndrome « Big Brother ». Pourtant, le Dossier Médical Personnalisé, qui peine tant à s’implanter en France, a déjà permis de réduire de 10% les coûts de santé à Shangai. Une belle opportunité pour résorber le trou de l’assurance maladie dans notre pays.

A plus long terme, le coût de séquençage de l’ADN baissant deux fois plus vite que la loi de Moore, on peut imaginer une véritable révolution de la manière de donner de la santé.

Facteur #5 : la connaissance

Pour illustrer les transformations majeures permises par le numérique dans le domaine de la connaissance, Gilles Babinet rappelle que 75% des habitants de la planète possèdent un portable. Les réseaux télécoms se susbstituent ainsi aux infrastructures, facilitant considérablement la distribution d’informations et l’accès à la connaissance. Sachant qu’un téléphone sur deux acheté en Afrique en 2013 est un smartphone, on peut imaginer la considérable opportunité d’enrichissement de connaissance pour les populations de ce continent. L’Afrique dont la bancarisation est en marche, avec par exemple la banque M-pesa au Kenya qui compte 17 millions de comptes. L’accès à ces comptes au travers des smartphones fluidifie l’économie et améliore la visibilité des pouvoirs publics sur les besoins locaux. Autant d’informations utiles pour orienter efficacement les politiques publiques.

La connaissance peut aussi être utile sur le plan opérationnel. En Ouganda, une plateforme a ainsi été créée pour donner des conseils aux fermiers (en fonction des prévisions météorologiques par exemple), entrainant une augmentation massive de la productivité agricole.

Cette connaissance au sens large, utile sur le terrain pour des professionnels comme pour former des populations, s’accumule dans les serveurs. Les énormes gisements de données représentent une richesse à exploiter. Au-delà de l’enjeu du « Big Data », c’est demain la capacité à connaître et exploiter en temps réel ces données qui sera déterminante. Mais déjà, Gilles Babinet de rappeler que « Google connaît mieux les Français que l’INSEE ». Cette connaissance, permet aussi à l’ONU au travers de Global Pulse de détecter des conflits, par l’analyse des invectives sur les réseaux sociaux. Des actions préventives peuvent ainsi être décidées avant qu’il ne soit trop tard. Dans la même veine sur un plan plus local, Ushuahidi, permet de détecter au Kenya les zones de danger. Information indispensable avant d’envisager un déplacement au travers du pays.

Gilles Babinet se pose aussi en défenseur d’une utilisation intelligente de ces masses de données et soutient avec Quantified-self la nécessité de tracer les élèves de sorte à réduire le taux de décrochage (1 élève sur 5 sort du système scolaire sans savoir lire et écrire).

Enfin, alors que nous sommes confrontés à de grands enjeux écologiques, les Smart grid, sont aussi une utilisation intelligente de données au service de la réduction de la facture énergétique par une utilisation intelligente des réseaux.

Conclusion

En guise de conclusion, Gilles Babinet revient sur sa question d’introduction et nous amène à nous demander de faire le choix entre conserver un modèle industriel ou aller vers la société de la connaissance.

Pour nous aider dans notre réflexion, il rappelle que la part du PIB consacrée à la R&D est de 2,1% en France, contre 5% en Israël. Il note que l’Internet contribue à 5,5% de la croissance française, contre 8% aux UK, avec 700 000 emplois créés. Il note aussi que le chiffre d’affaires réalisé sur I’Internet s’élève à 60 milliards d’euros, soit plus que le secteur du transport. Et aussi que la contribution du numérique à la croissance du PIB entre 2005 et 2010 est de 26% en France, contre 36% aux Etats-Unis. La France est ainsi le 20e pays pour l’économie numérique (en part de PIB consacré au numérique). Et Gilles Babinet de rapprocher ce classement à la proportion de fonctionnaires français favorables à l’open data : 29% contre 70% des suédois. Les chiffres sont sans appel et montrent un réel déficit de notre pays dans le développement du numérique. Déficit qui s’explique notamment par l’insuffisance de fonds propres dans les entreprises, nécessaires au financement de l’innovation.

Au final, le choix entre modèle industriel et société de la connaissance n’en est pas vraiment un, tant pour Gilles Babinet, notre société moderne est confrontée à trois enjeux majeurs :

  • Enjeu #1 : moderniser l’Etat
  • Enjeu #2 : éduquer pour le numérique (25 000 personnes formées par an en France contre 150 000 nécessaires)
  • Enjeu #3 : financer l’innovation (disposer de capitaux massifs)

Compléments

Au terme de son intervention d’une grande richesse, Gilles Babinet invite à la lecture du rapport Colin et Collin relatif à la fiscalité du numérique, et aussi du rapport dont il est l’auteur « Pour un new deal numérique ». Le premier met notamment en exergue la virtualisation de l’économie conduisant au renforcement des économies parallèles (de par le renforcement des paradis fiscaux) nécessitant une taxation sur le lieu de distribution (et non de production) de la valeur ; il invite aussi à contraindre les acteurs de publier des APIs de distribution de la connaissance (government as a platform). Le second, sous l’égide de l’institut Montaigne invite à repenser la société et l’économie grâce au numérique. Le numérique y est présenté comme un facteur de croissance et de compétitivité insuffisamment exploité. Egalement comme un formidable potentiel de transformation de l’administration. Enfin il propose deux domaines d’excellence prioritaires pour lesquels le numérique peut jouer un rôle majeur : l’éducation et la santé.

e-G8 Forum : deux jours pour nourrir les discussions des chefs d’Etat sur Internet

J’ai eu la chance d’assister aux conférences du e-G8 Forum, les 24 et 25 mai 2011. Ce forum, organisé en amont de la réunion du G8 à Deauville, visait à nourrir les débats des chefs d’Etat du G8 au sujet de l’Internet. Première initiative du genre, le e-G8 Forum témoigne de l’importance que revêt aujourd’hui Internet dans nos économies et nos sociétés.

e-G8 Forum, 24 mai 2011, Nicolas Sarkozy

Le président de la République Nicolas Sarkozy, a proposé une vision enthousiasmante du devenir de l’Internet, et surtout de sa prise en compte au plus haut niveau des instances représentatives de l’intérêt général dans le monde. En tant que président du G8 (la France préside actuellement cette instance), Nicolas Sarkozy offre aux acteurs de l’Internet une écoute de la part des chefs d’Etat des plus grands pays industrialisés. J’ai noté en particulier la posture modeste du chef de l’Etat, reconnaissant avoir à apprendre des acteurs de l’Internet pour préparer l’avenir et favoriser la croissance et l’innovation permise par Internet, et de recommander « ne doutez pas de la révolution en marche ».

e-G8 Forum, 24 mai 2011, Ben Verwaayen et Christine Lagarde

Les tables rondes qui se sont succédées en séances plénières ont été l’occasion de voir débattre les représentants de grands acteurs de l’Internet. Principalement de grandes sociétés telles que Facebook, Google, Orange, Iliad, Vente Privée, Universal Music, mais aussi quelques représentants du monde politique (Christine Lagarde, Frédéric Mittérand et Eric Besson par exemple). On peut déplorer l’absence de représentants issus du tissus économique qui ne sont pas des pure players de l’Internet, ou encore issus du monde de l’éducation, de la culture ou de la société civile (des gens comme vous et moi, simples utilisateurs de services en ligne).

Parmi les intervenants, j’ai noté pêle-mêle quelques points de vue qui ont attiré mon attention. Le détail des interventions étant disponible sur le site Web du e-G8 Forum, il ne me paraît pas pertinent ici d’en dresser un compte-rendu détaillé (de toute façon je n’en aurais pas le temps !), mais plutôt d’insister sur les faits marquants. Ainsi, Sheryl Sandberg (DG Google) considère les médias sociaux comme un moyen de rapprocher les gens et de leur permettre d’accroître leur influence. Andrew Mason (fondateur de Groupon) fait remarquer que 95% du commerce a lieu off line et c’est précisément où Groupon se trouve. Stéphane Richard (PDG Orange) remarque que sans réseau, pas de success story Web. Et il ajoute que la croissance du trafic data est de 5% par semaine à Paris, ce qui incite à réfléchir au risque d’effondrement du réseau et donc au partage des investissements sur les infrastructures réseau (actuellement portés par les opérateurs) ainsi qu’à la distribution des revenus de l’Internet.

 e-G8 Forum, 25 mai 2011, Maurice Lévy et Marc Zuckerberg

Au sujet de la neutralité du Net qui a fait couler beaucoup d’encre (et d’octets !) ces derniers mois, Stéphane Richard recommandait de ne pas limiter le débat aux seuls réseaux et de l’étendre aux éditeurs de services. Sans le nommer, il donnait ainsi l’exemple d’ Apple qui sélectionne les applications éligibles à l’App Store. Au sujet de l’éduction, le professeur Klaus Schwab soulignait que dans l’avenir, l’éducation continue deviendra déterminante, et contribuera au développement de l’utilisation de la vidéo en ligne. J’en arrive même à penser que nous avons besoin d’une éducation disruptive, technologique, sociale, et impliquant la responsabilité des parents et enseignants.

Au bilan de ces deux jours de conférences (je n’ai pas pu assister aux débats du 25 mai matin), je note plusieurs points positifs :

  • Une réelle prise de conscience des pouvoirs publics : évoquer le développement de l’Internet au G8, c’est bien sûr prendre le risque d’une récupération politique, mais c’est aussi saisir l’opportunité d’une accélération au profit de l’humanité
  • Les débats sur la propriété intellectuelle, et sur l’innovation ont été particulièrement animés. Le premier de par les tensions entre les auteurs d’œuvres, les distributeurs et les consommateurs. Le second de par la qualité des intervenants qui en fait une conférence très vivante et intéractive
  • Les conversations de Maurice Lévy avec Nicolas Sarkozy d’une part et avec Marc Zuckerberg d’autre part, étaient particulièrement intéressantes. Je recommande d’ailleurs de les revoir en ligne dans leur intégralité, et de s’accrocher pour suivre le créateur de Facebook qui parle décidément très vite (!)

Je note également quelques points négatifs qui pourront être pris en compte pour l’organisation des futurs e-G8, si tant est que l’initiative se pérennise en amont des prochaines réunions du G8 :

  • La méthode d’animation ne me semble pas forcément efficace pour refléter les points de vue différents et, pour avoir assisté en grande partie à la session de clôture, je doute de la qualité, de l’exhaustivité et de la représentativité des sujets de discussion qui seront remis aux chefs d’Etat. Une interaction plus forte avec la salle, au moyen de la panoplie d’outils 2.0 bien connus des acteurs présents sur la scène, aurait été appréciable. On peut d’ailleurs s’étonner de l’absence d’un Twitter back pendant les débats
  • En complément de ce qui est évoqué plus haut, il n’y avait pas suffisamment de représentants d’acteurs hors du cœur de métier de l’Internet (réseaux, éditeurs logiciel, pure players). Comme le montre l’étude de McKinsey sur la valeur économique générée par Internet, 75% provient désormais d’acteurs qui ne sont pas nés de l’Internet mais sont issus de l’ancienne économie. Or, ils ont aussi une part importante à prendre dans le développement de l’Internet et de ses usages.

Les jours à venir, il sera intéressant de voir comment les chefs d’Etat accueilleront les sujets discussions qui ont émergés de ces deux jours, et comment la multitude d’acteurs de l’Internet poursuivront le débat. A suivre !

Quelles opportunités d’innovation pour l’e-administration ?

Avec son programme de « données ouvertes », la ville de Rennes montre la voie aux administrations locales. Le décloisonnement de bases de données, leur accessibilité au travers d’API, des mécanismes astucieux pour favoriser l’émergence de services locaux à valeur ajoutée pour les citoyens, et c’est tout un écosystème qui se met en marche.

Pour ceux qui le souhaitent, la bande vidéo est également disponible.

Sur ce thème, j’ai eu l’opportunité début 2008, de participer à la rédaction d’un livre blanc sous l’égide de l’ACUF (Association des Communautés Urbaines de France) en partenariat avec la Caisse des Dépôts. Dans ce livre blanc (disponible en PDF sur le site de l’ACUF), nous évoquions les pistes de valorisation du Web 2.0 pour l’administration. Le chapitre 6 offre un tour d’horizon des possibilités offertes aux collectivités locales. Et même si le monde Web évolue très vite, les grands principes évoqués dans cet ouvrage restent d’actualité.

Plus récemment, en tant que citoyen, j’ai eu l’occasion de percevoir tout l’intérêt pour les collectivités locales de développer les services en ligne et de décloisonner leur proposition de valeur. Début juin, ma commune de résidence avait prévu la distribution de sacs en papier pour la collecte des déchets végétaux. J’avais donc prévu de me rendre au centre de distribution pour les récupérer. Un décès dans ma famille m’a conduit à me déplacer en province de manière imprévue. Depuis le TGV, j’ai alors demandé à un ami de récupérer les sacs à ma place. Mais l’agent de la commune a refusé de les lui remettre, argumentant que mon ami ne disposait pas de mon justificatif de domicile (ce qui est vrai).

Bien sûr, il peut sembler curieux que le service technique de la commune dans laquelle j’habite… ne sache pas que j’y habite (alors que les services fiscaux savent me retrouver pour collecter l’impôt local… qui finance entre autres les services techniques !). C’est là que l’e-administration prend tout son sens. En effet, nous pourrions imaginer que depuis le TGV, avec mon smartphone, je puisse communiquer mon attestation de domicile à l’agent administratif : une facture EDF électronique par exemple, stockée dans mon coffre-fort en ligne. Pour que cela devienne une réalité, au-delà des enjeux technologiques, une véritable révolution culturelle doit s’opérer dans les services administratifs.

En effet, l’omniprésence des technologies dans notre quotidien peut devenir un véritable allié pour les services administratifs, à condition toutefois de ne pas en limiter l’utilisation à la seule délégation de charge (via l’automatisation des tâches de saisies par exemple). Pour cela, les administrations auront à prendre conscience de la nécessité de mettre de l’humain dans le digital, et non seulement construire des services qui créent de la distance avec le citoyen. Ainsi, pour poursuivre mon histoire, lorsque j’ai appelé la mairie (toujours depuis le TGV) pour demander si je pouvais passer la semaine suivante apporter a posteriori le justificatif de domicile, l’agent qui m’a répondu aurait pu me proposer de récupérer le justificatif au format électronique, au lieu de me demander de lui apporter un certificat de décès stipulant que j’avais bien assisté à l’enterrement (!). Le digital deviendrait ainsi un atout pour créer de la relation avec le citoyen, et non se barricader derrière des procédures souvent incompréhensibles.

Il existe donc de belles opportunités pour valoriser nos services administratifs, et faire évoluer la relation des citoyens avec leur administration. Les technologies sont disponibles, les initiatives fleurissent, il ne reste plus qu’à lever les freins culturels. Allez, au boulot !

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