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Le digital expliqué à mon boss, note de lecture

Le digital explique a mon bossVous pensez que votre secteur d’activité échappe à la mode du digital ? Vous avez tort ! Lisez le chapitre consacré à votre secteur d’activité et vous changerez d’avis. Vous n’êtes toujours pas convaincu ? Lisez ceux consacrés aux autres secteurs et faîtes un petit effort de transposition. Respirez profondément. Laissez-vous pénétrer par l’idée. Échangez via Twitter et LinkedIn avec les auteurs et contributeurs. Bravo, vous venez faire vos premiers pas dans une nouvelle ère ! Le digital expliqué à mon boss est avant tout un livre d’action. Un livre pour convaincre ceux qui ont le pouvoir, de décider de se lancer avant qu’il ne soit trop tard. Aux hésitants, il donne les armes pour aller au combat. Aux premiers aventuriers du digital, il offre les outils pour digitaliser l’entreprise en profondeur, non pas par des gadgets, mais bien par des avancées apportant un bénéfice sonnant et trébuchant. Car expliquer le digital à son boss, c’est avant tout montrer comment le digital permet de développer de nouveaux marchés, de réduire les risques sur les marchés actuels, et d’améliorer les opérations.

Ce que j’ai aimé

Tout d’abord, j’ai aimé la pédagogie pour expliquer et convaincre que le monde a changé. Hervé Kabla (@HerveKabla) et Yann Gourvennec (@ygourven) sont rompus à l’exercice. On peut leur faire confiance quand il s’agit d’expliquer en quoi le digital change en profondeur les sociétés. Mieux que ça, ils sont des opérationnels de terrain. Ils savent dans le détail de quoi ils parlent, tout en ayant l’habitude de prendre du recul. Le lecteur profane appréciera le recourt raisonné au jargon. Le lecteur ayant déjà une première connaissance du sujet appréciera quelques détails techniques lorsque c’est nécessaire.

J’ai aussi aimé les nombreux compléments de lecture proposés par les auteurs. Conscients de leur rôle de passeurs d’un savoir qui se construit par l’expérience, les notes de bas de page foisonnent pour renvoyer le lecteur vers des études, des rapports, des articles, qui donnent un approfondissement aux nombreux sujets qui se cachent derrière le terme « digital » (ou « numérique » si vous préférez). En ce sens, le livre donne un large tour d’horizon s’appuyant sur un socle de connaissances pratiques. De quoi disposer des éléments nécessaires pour expliquer le digital à son boss, et de la matière nécessaire à un travail solide.

Enfin, j’ai aimé les contributions d’experts (dont la mienne que vous retrouvez page 206, intitulée « Remettre l’individu au cœur du digital »). Par « experts », il faut surtout entendre « personnes ayant une expérience ». Les auteurs ont un réseau social professionnel suffisamment étendu pour avoir pu solliciter des personnes d’horizons variés qui ont toutes en commun d’avoir mis en œuvre ce qu’ils exposent. Ainsi le lecteur dispose d’éclairages sur des thématiques particulières, qu’il peut développer avec les personnes mentionnées, toutes joignables via LinkedIn ou Twitter.

Quelques citations

Les 275 pages de l’ouvrage regorgent d’exemples pratiques invitant à l’action. Expliquer le digital, c’est bien, le vivre, c’est mieux. J’ai reproduit ci-dessous quelques citations des auteurs qui me semblent bien illustrer la philosophie de l’ouvrage, savant mélange de vision d’ensemble, de bonnes pratiques, et de l’humilité qui caractérise ceux qui savent qu’il y a encore tant à faire dans ce domaine.

Page 32 : « Intégrer ces outils de la manière la plus transparente possible dans notre travail de tous les jours est la véritable et seule innovation qui inventera les métiers et les produits de demain. »

Page 63 : « En résumé, retenons d’abord, que le digital bouleverse de façon fondamentale le modèle économique des entreprises établies. Deuxièmement, le digital bouleverse la façon de commercialiser ses produits, en notant que les acteurs établis ne sont pas à l’abris de ces changements. Enfin, dernier point et non des moindres, le digital impose de repenser l’organisation et la culture du personnel de l’entreprise. »

Page 222 : « Avec le digital vous entrez dans un monde dont on ne sort pas. »

Page 230 : « Ce livre vous apprendra dix fois moins sur le digital que l’expérience pratique (mais il n’en reste pas moins nécessaire pour vous donner du cœur à l’ouvrage). »

Made in Silicon Valley, note de lecture

David Fayon_Made in Silicon ValleyNous utilisons chaque jour toujours plus de services en ligne. Les plus en vue font désormais tellement partie de nos usages quotidiens qu’on en oublie qu’ils sont les produits de multinationales puissantes. La plupart sont américaines. Leurs capitalisations boursières donnent le vertige. Leur hégémonie semble immuable. Avec ce nouvel opus, David Fayon explique comment nous en sommes arrivés là. Quels enseignements tirer de la croissance a priori sans limite des GAFA et autres NATU ? Comment nous autres Européens, pouvons-nous reprendre l’initiative dans un combat qui semble inégal ?

Ce que j’ai aimé

Au fil des pages, l’auteur ancre le digital dans le réel. Le lecteur comprend ainsi la réalité économique, politique ou encore sociale des outils numériques. J’ai apprécié ainsi les multiples illustrations chiffrées, les nombreux témoignages des acteurs qui fabriquent et opèrent ces services.

Les nombreux chiffres qui émaillent le texte, dépassent le seul périmètre géographique sous-entendu dans le titre de l’ouvrage. C’est bien d’une vision mondiale du numérique dont il est question. L’auteur y propose des comparaisons de chiffres d’affaire ou encore de productivité par salarié dans le monde entier. De quoi remettre en perspective les débats franco français, voire européens.

Dans un tour du monde des capitales technologiques, j’ai noté la mention spéciale de l’EPITA, école dont je suis sorti en 1994 et qui trône aujourd’hui à la 12e place du classement 2018 des écoles d’ingénieur en France selon l’Usine Nouvelle. Forcément ce clin d’œil m’a fait plaisir.

Le livre apporte aussi un regard réaliste sur les conséquences sociales du numérique. Les structures aujourd’hui établies, notamment en Californie, mais pas seulement, mêlant universités et entreprises de technologies, attirent toujours plus d’ingénieurs, au détriment de la qualité de vie locale. Ce qui peut représenter de belles opportunités pour les régions du monde plus respectueuses de l’équilibre de vie.

L’auteur n’est pas avare de bons mots distillés ici et là, égaillant la lecture, comme « Le Canada a vu naître le BlackBerry et il le verra certainement mourir à Waterloo ».

On y découvre aussi quelques anecdotes étonnantes, par exemple pour la formation initiale des collaborateurs chez Facebook chez qui « les ingénieurs et chefs de projet passent six semaines de formation au siège avec un mentor ». Des pratiques de management modernes qui s’accompagnent également d’un rapport au salariat et au capital très différent de celui que nous connaissons en France.

Ce que j’ai moins aimé

A vrai dire pas grand-chose, si ce n’est l’étrange sentiment que nous, Européens, sommes en train de passer à côté de quelque chose. Nous formons des ingénieurs reconnus dans le monde entier. La Silicon Valley, mais aussi Singapour ou d’autres structures similaires, les attirent, tandis que nous peinons à développer les conditions d’émergence d’un nouveau siècle des Lumières, numériques cette fois-ci.

Conclusion

Au final, la lecture de cet ouvrage montre à quel point l’Internet est devenu un sujet sérieux que nous Européens, négligeons. Ce livre vous aidera à en prendre conscience et à vous préparer à agir. Les propositions concrètes pour la France intéresseront les pouvoirs publics. Ils méritent d’être débattus au plus haut niveau. J’espère sincèrement qu’elles attireront l’attention de nos dirigeants.

Les données au cœur des questions de gouvernance et de liberté

dataprotectionQue valent nos données publiées sur Internet ? Quels produits et services numériques offriront des emplois demain en France et en Europe ? Quelles politiques mener pour en favoriser le développement chez nous ? Derrière toutes ces questions se cachent la problématique complexe et fondamentale de gouvernance et de liberté sur Internet. Une problématique qui ne fait pas la une des journaux, n’attire pas les people, ne fait pas le buzz et qui pourtant décide du futur de l’Internet.

Le groupe DSI-Web de Telecom ParisTech avec CREIS-Terminal proposaient mardi 4 juin 2013 une matinée d’échange sur ce thème ardu. Un débat animé par David Fayon (@fayon) réunissant quatre intervenants de haut niveau. L’occasion de mieux comprendre les jeux de pouvoirs qui régissent actuellement l’Internet, sur le plan économique et politique. L’occasion aussi de jeter les bases d’un nouvel équilibre au niveau mondial en indiquant à l’Europe et en particulier à la France, des pistes de développement de produits et services numériques au service de l’emploi et d’un mieux-vivre ensemble.

Introduction

Pour camper le décor, David Fayon, auteur de « Géopolitique d’Internet »,  a notamment indiqué que la France est dans le Top 20 des pays qui censurent le plus Internet.  Il a par ailleurs mis en perspective le jeu de pouvoir des acteurs en présence :

  • Les entreprises : elles donnent de la valeur aux données, certains acteurs (les « GAFA » : Google, Apple, Facebook, Amazon) présentant des croissances à deux chiffres, en générant suffisamment de cash pour financer leur croissance externe
  • Les internautes : à la fois consommacteurs et consommauteurs, ils fournissent gratuitement leurs données en échange de services
  • Les associations et organismes : ils assurent plus ou moins dans l’ombre la régulation et la standardisation nécessaires au développement des services en ligne

Quelle valeur pour nos données publiées ?

Kavé Salamatian (@kavesalamatian), de l’université de Savoie pose la question de la valeur de données : vers où la main invisible du marché pousse-t-elle nos données, ou pourquoi nous ne savons pas évaluer la valeur de nos informations ? Pour y répondre, il a commencé par revenir aux fondamentaux de l’économie, science de l’étude du partage des ressources rares ayant des usages alternatifs (selon Lionel Robbins), à savoir ressources que des utilisateurs alternatifs peuvent transformer. Dans cette définition le prix est la variable d’équilibre du système. L’intérêt pour un utilisateur d’acheter un produit, est fonction de l’utilité du produit. L’ensemble étant à l’équilibre Pareto optimal comme démontré par le théorème d’Arrow-Debreu. Voilà pour la théorie classique.

Mais l’Internet est un environnement avec peu de régulation et à forte concurrence. L’économie des données sur Internet est-elle un cas particulier de la théorie économique classique ? En d’autres termes, les données qui y circulent sont-elles des produits comme les autres ? C’est ainsi que par exemple, le rapport Collin et Colin essaie de faire coller l’Internet dans le cadre économique connu (notamment la fiscalité). Dit différemment, l’économie des données colle-t-elle à la définition classique de l’économie ?

  • Premier problème : l’information ne suit pas la loi de conservation de la thermodynamique. Un effort est nécessaire pour la fabriquer. En revanche un effort de coût marginal est nécessaire pour la reproduire.
  • Deuxième problème : dans la théorie classique, on fait l’hypothèse que la valeur ajoutée d’un produit est déterministe. Par exemple : la valeur ajoutée maximale produite à partir d’un kilo de minerai de fer, est connue. A contrario il est impossible d’évaluer a priori la valeur ajoutée maximale produite à partir d’une information. Par exemple, quelle valeur peut-on imaginer produire à partir d’une information de 128 bits ? On peut considérer qu’elle est négligeable, mais si ces 128 bits sont une clé d’encryptage d’un coffre-fort, leur valeur est conséquente. Corolaire : on ne peut pas évaluer la valeur d’une entreprise .com. Question complémentaire : quelle est la valeur d’une donnée privée ?

Ces deux problèmes invitent à proposer une nouvelle théorie de la micro-économie selon trois visions possibles :

  • Vision du trader : la valeur de l’information est celle de l’argent que peut gagner quelqu’un qui la connait. Problème de cette définition : on ne connait la valeur de l’information qu’a posteriori.
  • Vision de la thermodynamique : la valeur de l’information est celle du prix de l’énergie nécessaire pour la produire. Même problème que pour la vision du trader.
  • Vision du marché : la valeur de l’information n’existe pas, seul l’échange sur un marché d’information a de la valeur. Dans cette approche, par exemple Facebook est un marché dans lequel les individus et les sociétés échangent des informations.

Sans surprise, la vision du marché apparaît donc comme la plus adaptée à servir de base à une nouvelle théorie de la micro-économie. Sur cette base, parler de gouvernance des données, c’est parler de la gouvernance de ce marché de l’échange de l’information. Marché apparu avec l’émergence des réseaux. Ce qui amène à se demander : qu’est-ce qu’un réseau ?

  • Un réseau de transport, permet de transporter des produits, et aussi de transporter des informations,
  • Un réseau informatique permet de transporter de l’information, en revanche il ne transporte pas de produit.

Un réseau consiste ainsi en un ensemble d’éléments distribués qui coopèrent pour échanger de l’information. Ce qui amène à se pencher sur la notion de coopération :

  • Coopération totale non égoïste, dans le but d’optimiser un objectif global,
  • Coopération non coopérative, dans le but d’une optimisation d’un objectif personnel,
  • Coopération malicieuse, dans le but de désinformer certains acteurs au profit d’un seul.

Dans ce marché d’échange d’informations, la gestion de la vie privée s’appuyant sur des règles strictes de gestion des données privées, revient à réduire le potentiel économique du marché. C’est donc avec prudence qu’il convient de légiférer dans le souci de la protection des intérêts des citoyens.

La réflexion de Kavé Salamatian sur la valeur de nos données publiées sur Internet l’amène ainsi à constater l’émergence d’une nouvelle science issue des problématiques spécifiques posées par Internet, nouvelle science fortement multi-disciplinaire permettant d’apprécier notamment les dimensions économiques, juridiques et politiques du numérique. Nouvelle science dont la multi-disciplinarité se heurte aux barrières institutionnelles entre disciplines. Une autre manière de prendre conscience du décloisonnement que suppose le numérique.

Quelle économie de l’Internet en Europe ?

Bernard Benhamou (@BernardBenhamou), délégué aux usages Internet a ensuite exposé les atouts dont l’Europe dispose pour reprendre les positions qu’elle mérite sur l’Internet. Positions à conquérir en tenant compte des perspectives de développement de l’Internet mobile et de l’Internet des objets.

Quelques chiffres pour aider le lecteur à prendre conscience de l’Internet mobile :

  • 50% des Français utilisent un mobile
  • 15% de l’Internet transite sur mobile
  • 2,3 milliards de mobinautes dans le monde

Jusqu’ici les informations qui transitaient sur les réseaux étaient produites par des humains. Désormais ce sont de plus en plus des machines qui produisent les informations à partir de capteurs de toutes sortes. Par exemple : la Ford Fusion génère avec ses 800 capteurs 20 Giga de données par heure de conduite. Autant de données susceptibles de circuler sur le réseau et d’être exploitées par des services à valeur ajoutée.

La plupart des secteurs industriels sont impactés par la distribution d’informations facilitée par Internet. On peut même dire qu’« il n’y a plus de secteur qui ne soit pas transformé en son cœur avec les technologies de l’Internet » : transport, agriculture, santé, culture, etc. C’est ainsi que la structuration pyramidale du réseau d’énergie est profondément remise en cause. Par exemple, Google est devenu un broker d’énergie aux Etats-Unis en vendant son savoir-faire dans le refroidissement de l’énergie. Autre exemple dans le secteur de la santé avec Scanadu, société de production de produits d’analyse médicale pour le particulier. Diffusés à grande échelle, ce type de produits modifiera en profondeur l’offre de santé.

Cependant, aucun acteur européen de taille mondiale n’existe aujourd’hui dans l’industrie des services de l’Internet. Or, l’économie des objets connectés représente une formidable opportunité pour les Européens. Ils ont les moyens de créer de nouveaux services, en s’appuyant sur un savoir-faire technologique reconnu comme l’ont déjà montré Parrot et WiThings.

Les objets connectés posent cependant un problème : ils projettent le fantasme de Big Brother. Le risque lié à l’exploitation des données privées doit donc s’accompagner à un droit nouveau : le droit au silence des puces, proposé par la France dès 2008.

Qui plus est, la puce RFID est inusable (pas de pièce mobile ni de source d’énergie interne), réagissant à un champ électromagnétique, pouvant perdurer sur 3 à 4 générations d’utilisateurs, même si elle est cachée.

Eric Schmidt, président du board de Google, commence même à changer de discours, prenant conscience qu’il y a des limites dans l’exploitation des données privées. Qui mieux que les Européens, qui ont perçu très tôt la nécessité de légiférer, pour développer les conditions de la confiance dans l’Internet ?

L’enjeu fondamental est donc de développer une gouvernance de l’Internet dans lequel l’utilisateur est souverain. De nouvelles formes de gouvernance à inventer qui doivent être régionales et non nationales.

Pour bien prendre conscience de l’importance de l’enjeu, Bernard Benhamou cite CityBank qui a dimensionné l’économie de l’Internet, à un sixième de l’économie mondiale. L’enjeu de gouvernance s’accompagne donc d’un enjeu économique majeur pour faire en sorte que nos sociétés continuent de fonctionner selon des principes et valeurs qui sont les nôtres.

Ces enjeux soulèvent bien-sûr des enjeux politiques. On note par exemple l’émergence de mouvements qui s’opposent à la numérisation tel que le collectif des 451 qui s’oppose à la numérisation du livre, des agriculteurs qui s’opposent au puçage des bêtes et dont les subventions vont être accordées sous condition de puçage, des étudiants qui refusent le savoir digital, etc. Enjeux politiques à l’étude depuis une éternité à l’échelle de l’Internet, comme le montre le rapport « Des pyramides de pouvoir aux réseaux de savoir » du sénateur René Trégouët publié en 1997 et dont Bernard Benhamou recommande la lecture. Plus récemment, et avec l’augmentation des capacités de collecte et d’analyse des données, les scientifiques du MIT ont aussi mis en garde sur les conséquences du Big Data en matière de vie privée. Mise en garde qui conduit à promouvoir le « privacy by design », mouvement qui prône de concevoir des produits et services dont l’ergonomie permet au citoyen de contrôler les données privées qui y sont stockées. Ce qui nécessite d’agir en amont du déploiement d’une technologie, sous peine d’être dans l’incapacité de la modifier, lorsqu’elle devient une technologie de masse.

Quelle valorisation des données publiques ?

Romain Lacombe (@rlacombe_fr), chargé de l’innovation et du développement, a ensuite présenté la mission Etalab d’ouverture et partage des données publiques. En effet, le secteur public n’est pas épargné par la transformation en profondeur provoquée par l’Internet. Comme le secteur économique, le secteur public est confronté à deux phénomènes majeurs :

  • Un changement technologique majeur avec l’omniprésence d’Internet,
  • De nouvelles attentes des citoyens sensibles à la transparence et à l’accessibilité des services.

Sur le plan politique (au sens ancien de l’organisation de la citée), la transparence totale du citoyen, est la définition même d’un système totalitaire. A l’inverse, la transparence de l’Etat pour le citoyen, est la définition d’un système démocratique. C’est dans cet esprit que l’on observe une explosion de l’usage des mots transparency, accountability, empowerment, reflet d’une préoccupation des citoyens sur ces thématiques.

Le désir de transparence s’exprime aussi vis-à-vis des hommes politiques. C’est ainsi que le véritomètre est né : un service de fact checking permettant de vérifier en temps-réel la vérité des informations des politiques pendant la campagne présidentielle 2012.

Cette transparence peut aussi s’exercer sur la fonction publique, productrice de quantités considérables de données utiles à l’exploitation des services publics. Certaines de ces données publiques commencent à être mises à disposition par l’Etat : accidents de la circulation, usage du réseau de transport, du réseau de l’énergie, conditions sanitaires des restaurants (par exemple à Manhattan), etc.

Ouvrir les données de fonctionnement de l’Etat, c’est permettre l’émergence d’entreprises innovantes telles que homengo. Le site data.gouv.fr recense ainsi tous les jeux de données mis à disposition par les services de l’Etat. Les développeurs de services s’appuyant sur ces données sont réunis au sein de la communauté de l’innovation dataconnexions (marque à laquelle l’Etat pourrait se voir contraindre de renoncer). Enfin au niveau mondial, les initiatives Open Data sont suivies par l’Open Government Partnership.

Donner accès aux données publiques entraine cependant des conséquences juridiques. Ainsi, l’état sanitaire erroné d’un restaurant, rendu publique, peut entrainer sa faillite. Sa défense pouvant nécessiter la mobilisation d’experts, forts coûteux. Cependant le fait qu’elle soit publique permet de corriger l’erreur à la source. La jurisprudence de la transparence des données reste donc à créer, la bonne nouvelle étant que des dispositifs de contrôle des données publiques sont désormais possibles.

Quelle gouvernance du réseau Internet ?

Chantal Lebrument, présidente Eurolinc, directrice Savoir-Faire, éditrice du produit open-root, a enfin pris la parole pour exposer le dessous des cartes de l’Internet en expliquant le fonctionnement de l’Icann.

L’Internet, que chacun considère comme mondial est en réalité un Internet américain. L’agenda de Tunis de l’IGF (Internet Government Forum) propose ainsi que l’Internet prenne en compte le multilinguisme, la régionalisation, et une coopération renforcée entre les états.

Les mécanismes sous-jacents à la gestion du réseau Internet restent obscurs pour la grande majorité des utilisateurs et des entreprises. Ils sont pourtant essentiels à l’économie numérique. Rares sont ceux qui peuvent comprendre que .ku est une racine ouverte opérée par Open-Root et non par l’Icann. La maîtrise fine des jeux de pouvoirs qui gouvernent l’Internet doivent ainsi être mieux compris par nos dirigeants, afin de défendre nos intérêts.

Conclusion

CREIS-Terminal et le groupe DSI-Web de Telecom ParisTech ont proposé là un bel événement qui gagnerait à plus de visibilité. Au-delà des supports de présentation, un podcast des interventions serait le bienvenu. Ce qui semble compromit dans la mesure où, sauf erreur de ma part, aucun dispositif de captation vidéo n’était déployé dans la salle. Par ailleurs, j’ai été surpris de constater que seuls David et moi-même relayions l’événement en direct sur Twitter. Le public de ce type d’événement serait-il rebelle au « live tweet » ? A moins que, inquiet de l’utilisation qui peut être faite de ses données personnelles publiées sur Internet, il s’en tienne au silence numérique ?

Au-delà de ces considérations sur le marketing de l’événement, les sujets abordés méritent attention et réflexion au plus haut niveau des entreprises et administrations. Les enjeux sont considérables et la France ne peut pas se permettre le luxe de ne pas les adresser au niveau qu’ils méritent. Des questions restent ouvertes :

  • Qui est propriétaire de nos données ?
  • La notion de propriété des données a-t-elle encore un sens ?
  • Quels sont les freins culturels des européens (et en particulier des Français) au développement des nouveaux services autour des objets connectés ?
  • Sur le plan économique, les objets connectés et l’open data sont-ils des gisements d’emploi, de réduction des coûts de l’action publique ?

Les 5 facteurs qui vont révolutionner notre société (conférence de Gilles Babinet du 4 avril 2013)

De son expérience à l’Institut Montaigne, puis à la tête du Conseil National du Numérique et aujourd’hui à la Commission Européenne, Gilles Babinet (@babgi) a identifié 5 facteurs qui vont révolutionner notre société grâce au numérique : l’éducation, l’Etat, le crowd, la santé, la connaissance, qu’il a détaillés lors de cette conférence organisée le 4 avril 2013 par Limelight. Occasion de passer en revue les grands enjeux de notre temps et de montrer comment le digital contribue à les résoudre. Une conférence bourrée de chiffres et d’exemples dont je laisse au lecteur le soin de vérifier l’exactitude.

Le court extrait en vidéo permet de se donner une idée du ton de la conférence dont j’essaie ci-dessous d’être un rapporteur fidèle.

Constat amer : les enjeux du numérique sont assez peu compris, notamment par les politiques. Or selon Gilles Babinet, « on n’est pas dans une évolution de modèle, mais dans une rupture ». Pour le démontrer, quelques chiffres :

  • 4,1% de croissance pendant les 30 glorieuses en France contre -1% par décennie depuis les années 70
  • 1000Md€ : c’est le coût des problèmes d’environnement à horizon 2040 pour la France
  • 50% des espèces pourraient disparaître à horizon 2100

Des chiffres impressionnants qui amènent Gilles Babinet à en déduire que « le modèle malthusien est faux ». Déduction qui s’accompagne de bonnes nouvelles :

  • 183 prophéties de fin du monde depuis la chute de l’Empire Romain, aucune n’a été réalisée
  • -30% de pauvres depuis 1990
  • 40% de la production agricole perdue en France, ce qui offre de belles marges de manœuvre pour nourrir plus de personnes à production constante

Sur le plan scientifique, Gilles Babinet pressent une évolution majeure liée à la physique quantique (souvenez-vous de Schrödinger). Sur le plan sociétal, il annonce la fin de la  société industrielle (adieu Taylor), de par la fin des gestes répétitifs du fait de la robotisation et de l’informatisation. Pourtant, citant Robert Solow : « je vois des statistiques partout, sauf dans les ordinateurs ». A se demander si le numérique contribue à la création de richesses. En particulier dans les services, qui représentent 50% de la valeur, il est nécessaire de trouver des gains de productivité en s’appuyant sur le numérique. Ces gains passeront par l’innovation, sachant que depuis 1995 les entreprises américaines les plus innovantes ont connu une croissance annuelle moyenne de +2,5% contre +0,7% pour les entreprises les moins innovantes. De quoi inciter à innover !

Facteur #1 : l’éducation

Gilles Babinet est sans appel : la massification de l’éducation (lancée en France par Jules Ferry au début du XXe siècle) sur des modèles tayloriens, est terminée. Deux facteurs expliquent la fin de ce modèle : la connaissance ne s’apprend plus (elle est disponible), et l’éducation devient ubiquitaire (on peut apprendre partout).

C’est ainsi que 100 000 élèves ont assisté aux 3 premiers Moocs de la Standford University en 2011 (neurosciences), permettant à 40 000 personnes de recevoir la même connaissance que les 600 diplômés annuels. L’écart est gigantesque, et on se prête à imaginer ce que ces 40 000 cerveaux vont pouvoir produire.

Autre exemple, Sal Khan qui a déjà distribué 200 000 millions de cours avec ses vidéos expliquant les mathématiques. Face à ce genre de déferlante à l’initiative d’un individu isolé, l’enseignement traditionnel en classe a-t-il encore de l’avenir ?

Pour certains, l’informatique est un domaine essentiel du savoir. C’est ainsi que Martha Linefox a lancé les Coding Kids, sur l’idée que le code (informatique) est la grammaire de demain. Gilles Babinet s’apprête d’ailleurs à lancer une initiative équivalente en France et appelle aux bonnes volontés.

Facteur #2 : l’Etat

La France compte 400 000 élus, ce qui s’avère totalement inefficace selon Gilles Babinet. Or, le numérique peut apporter une importante simplification des processus, par un meilleur partage des informations entre les administrations, voire la mise à disposition des données publiques de manière ouverte (« open data »). Notre modèle très centralisé rencontre aujourd’hui ses limites, alors que d’autres modèles sont expérimentés dans d’autres pays.

C’est ainsi que le Kenya expérimente par exemple un cadastre participatif : les gens se mettent d’accord entre eux, au niveau local, plutôt que de confier la gestion des terrains à une administration centrale.

Au niveau européen, la Commission Européenne évalue ainsi à 27 milliards d’euros les retombées annuelles potentielles de l’open data en Europe. Un marché gigantesque créateur de valeur. De quoi mobiliser les politiques actuellement soucieux de résorber les dettes publiques et de trouver de nouveaux relais de croissance.

Facteur #3 : le crowd

Pour Gilles Babinet, le « crowd » commence lorsque l’acte gratuit individuel crée une valeur collective. Les exemples sont de plus en plus nombreux. Le plus connu, Wikipédia, réunit aujourd’hui 18 millions d’entrées en 270 langues, et reçoit 1/2 milliard de lecteurs par mois. Certains peuvent y voir un acte gracieux au service de la communauté. D’autres peuvent y voir la destruction d’un modèle de distribution de la connaissance au travers d’éditeurs reconnus. Mais c’est surtout la diffusion étendue du savoir à une population qui frappe.

Le crowd n’est pas limité qu’au partage gracieux de connaissances. C’est ainsi que Kiva.org distribue des prêts caritatifs (380 millions de dollars en 2012) auprès de 940 000 bénéficiaires dans 66 pays. Un financement de l’économie réelle sans intermédiaires financiers, ou comment les gens s’entraident en se faisant confiance. Autre exemple avec Kickstarter, fonds de capital risque d’innovation qui a levé 300 millions de dollars en 2012. De quoi encore financer la création de valeur, avec probablement une implication plus importante de l’apporteur de fonds. Dans la même veine, le Landing Club prête à la communauté avec un taux d’efficacité 4 fois supérieur aux banques. L’engagement réciproque du prêteur et de l’emprunteur, de nature différente par rapport aux relations entre un client et son banquier, explique probablement ce succès.

Le crowd, c’est aussi l’intelligence collective, celle qui permet de résoudre des problèmes en démultipliant les forces mobilisées. Salvatore Iaconesi a par exemple mis en ligne ses radios pour recevoir des conseils de la communauté pour lutter contre son cancer. Avec Aika, Gilles Babinet propose ainsi la résolution de problèmes créatifs pour les entreprises par la communauté.

Facteur #4 : la santé

Le numérique a déjà contribué à transformer l’offre de santé. Pour Gilles Babinet, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements. On se prête à imaginer ce que permettrait la diffusion continue de points de mesure via les smartphones, avec l’émergence d’une santé beaucoup plus fine, tenant compte de l’historique du patient.

Sachant que dans l’OCDE, un tiers des prescriptions médicales sont injustifiées, car 50% des patients mentent à leur médecin, on imagine ce qu’apporterait une plus grande transparence dans la mise à disposition de données médicales, et les gisements de réduction de coûts d’un secteur qui coûte 240 milliards d’euros à la collectivité.

Une plus grande transparence qui peut faire craindre un syndrome « Big Brother ». Pourtant, le Dossier Médical Personnalisé, qui peine tant à s’implanter en France, a déjà permis de réduire de 10% les coûts de santé à Shangai. Une belle opportunité pour résorber le trou de l’assurance maladie dans notre pays.

A plus long terme, le coût de séquençage de l’ADN baissant deux fois plus vite que la loi de Moore, on peut imaginer une véritable révolution de la manière de donner de la santé.

Facteur #5 : la connaissance

Pour illustrer les transformations majeures permises par le numérique dans le domaine de la connaissance, Gilles Babinet rappelle que 75% des habitants de la planète possèdent un portable. Les réseaux télécoms se susbstituent ainsi aux infrastructures, facilitant considérablement la distribution d’informations et l’accès à la connaissance. Sachant qu’un téléphone sur deux acheté en Afrique en 2013 est un smartphone, on peut imaginer la considérable opportunité d’enrichissement de connaissance pour les populations de ce continent. L’Afrique dont la bancarisation est en marche, avec par exemple la banque M-pesa au Kenya qui compte 17 millions de comptes. L’accès à ces comptes au travers des smartphones fluidifie l’économie et améliore la visibilité des pouvoirs publics sur les besoins locaux. Autant d’informations utiles pour orienter efficacement les politiques publiques.

La connaissance peut aussi être utile sur le plan opérationnel. En Ouganda, une plateforme a ainsi été créée pour donner des conseils aux fermiers (en fonction des prévisions météorologiques par exemple), entrainant une augmentation massive de la productivité agricole.

Cette connaissance au sens large, utile sur le terrain pour des professionnels comme pour former des populations, s’accumule dans les serveurs. Les énormes gisements de données représentent une richesse à exploiter. Au-delà de l’enjeu du « Big Data », c’est demain la capacité à connaître et exploiter en temps réel ces données qui sera déterminante. Mais déjà, Gilles Babinet de rappeler que « Google connaît mieux les Français que l’INSEE ». Cette connaissance, permet aussi à l’ONU au travers de Global Pulse de détecter des conflits, par l’analyse des invectives sur les réseaux sociaux. Des actions préventives peuvent ainsi être décidées avant qu’il ne soit trop tard. Dans la même veine sur un plan plus local, Ushuahidi, permet de détecter au Kenya les zones de danger. Information indispensable avant d’envisager un déplacement au travers du pays.

Gilles Babinet se pose aussi en défenseur d’une utilisation intelligente de ces masses de données et soutient avec Quantified-self la nécessité de tracer les élèves de sorte à réduire le taux de décrochage (1 élève sur 5 sort du système scolaire sans savoir lire et écrire).

Enfin, alors que nous sommes confrontés à de grands enjeux écologiques, les Smart grid, sont aussi une utilisation intelligente de données au service de la réduction de la facture énergétique par une utilisation intelligente des réseaux.

Conclusion

En guise de conclusion, Gilles Babinet revient sur sa question d’introduction et nous amène à nous demander de faire le choix entre conserver un modèle industriel ou aller vers la société de la connaissance.

Pour nous aider dans notre réflexion, il rappelle que la part du PIB consacrée à la R&D est de 2,1% en France, contre 5% en Israël. Il note que l’Internet contribue à 5,5% de la croissance française, contre 8% aux UK, avec 700 000 emplois créés. Il note aussi que le chiffre d’affaires réalisé sur I’Internet s’élève à 60 milliards d’euros, soit plus que le secteur du transport. Et aussi que la contribution du numérique à la croissance du PIB entre 2005 et 2010 est de 26% en France, contre 36% aux Etats-Unis. La France est ainsi le 20e pays pour l’économie numérique (en part de PIB consacré au numérique). Et Gilles Babinet de rapprocher ce classement à la proportion de fonctionnaires français favorables à l’open data : 29% contre 70% des suédois. Les chiffres sont sans appel et montrent un réel déficit de notre pays dans le développement du numérique. Déficit qui s’explique notamment par l’insuffisance de fonds propres dans les entreprises, nécessaires au financement de l’innovation.

Au final, le choix entre modèle industriel et société de la connaissance n’en est pas vraiment un, tant pour Gilles Babinet, notre société moderne est confrontée à trois enjeux majeurs :

  • Enjeu #1 : moderniser l’Etat
  • Enjeu #2 : éduquer pour le numérique (25 000 personnes formées par an en France contre 150 000 nécessaires)
  • Enjeu #3 : financer l’innovation (disposer de capitaux massifs)

Compléments

Au terme de son intervention d’une grande richesse, Gilles Babinet invite à la lecture du rapport Colin et Collin relatif à la fiscalité du numérique, et aussi du rapport dont il est l’auteur « Pour un new deal numérique ». Le premier met notamment en exergue la virtualisation de l’économie conduisant au renforcement des économies parallèles (de par le renforcement des paradis fiscaux) nécessitant une taxation sur le lieu de distribution (et non de production) de la valeur ; il invite aussi à contraindre les acteurs de publier des APIs de distribution de la connaissance (government as a platform). Le second, sous l’égide de l’institut Montaigne invite à repenser la société et l’économie grâce au numérique. Le numérique y est présenté comme un facteur de croissance et de compétitivité insuffisamment exploité. Egalement comme un formidable potentiel de transformation de l’administration. Enfin il propose deux domaines d’excellence prioritaires pour lesquels le numérique peut jouer un rôle majeur : l’éducation et la santé.

L’inévitable transformation digitale

Les entreprises peuvent-elles échapper à une transformation digitale ? Clairement non ! Toutes les fonctions de l’entreprise sont touchées, que ce soit la RH pour recruter et fidéliser les talents, le marketing pour comprendre le marché, les ventes pour commercialiser les produits et services ou encore la relation client pour servir les clients post achat. Comment aborder cette transformation en profondeur ? Pour y répondre, Les Assises des Médias Sociaux proposaient lundi 14 janvier 2013 de prendre de la hauteur sur l’inévitable transformation digitale des entreprises, en donnant la parole à trois intervenants : Minter Dial (@mdial), Laurence Bret-Stern (@lbret) et Brian Solis (@briansolis).

Minter Dial a campé le décor en montrant le dilemme de leadership auquel sont confrontées les entreprises face au digital. Un dilemme qui conduit à jongler en permanence entre le court terme (le digital bouge très vite) et le long terme (ce qui relève de la mission que l’entreprise se donne). Pour illustrer la nouvelle donne en terme de cohérence entre ce que l’entreprise annonce être et ce qu’elle est vraiment, Minter a proposé à l’assistance de visiter glassdoor.com, meilleures-entreprises.com, ou encore chooseyourboss.com. Tous ces sites proposent peu ou prou la même chose : évaluer les entreprises de l’intérieur. Cela peut sembler effrayant, mais c’est le monde dans lequel nous vivons. Inutile donc de faire l’autruche en prétendant que cela n’existe pas. Il est bien plus sage de prendre ce sujet au sérieux !

Laurence Bret-Stern (directrice marketing EMEA de LinkedIn) a pris le relais en exposant les principaux atouts de LinkedIn, notamment l’outil Sales pour aider les forces de vente dans leur prospection commerciale. Une occasion de rappeler que ce réseau social professionnel vient de dépasser la barre des 200 millions de membres, avec une croissance quotidienne équivalente à la population de la ville de Saint-Etienne ! J’ai saisi l’opportunité de cette présentation pour poser à Laurence la question que je soulevais dans un précédent article sur les professionnels du Web : comment expliquer que les réseaux sociaux professionnels soient encore si peu utilisés en France pour le recrutement ? Deux principaux facteurs pourraient l’expliquer : la maturité du marché français dans l’usage des médias sociaux d’une part, et un recrutement en France privilégiant l’interne d’autre part. Les DRH sont-elles prêtes à inciter les collaborateurs de l’entreprise à s’engager sur LinkedIn pour le bénéfice de l’entreprise ?

Au passage, Laurence a invité l’assistance à tester InMaps, un outil de visualisation du réseau social d’un utilisateur de LinkedIn. Cet outil permet de redécouvrir son réseau social professionnel, d’identifier les connexions existantes et inconnues, de trouver des zones à développer. Voici ce que ça donne avec mon propre réseau :

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Enfin, Brian Solis intervenait en guest star américaine, prodiguant comme à son habitude un discours intelligible par les cadres dirigeants, sans langue de bois, réaliste sur les médias sociaux et plus généralement sur la transformation digitale des entreprises. Un discours illustré de nombreux exemples issus de ses propres recherches ou d’études réalisées par d’autres acteurs. J’ai notamment repéré The Digital Advantage: How Digital Leaders Outperform their Peers in Every Industry, de Cap Gemini et du MIT, ainsi que l’étude IBM Global CEO Study 2012. Et comme résumer le discours de Brian reviendrait à l’appauvrir, je vous invite chaudement à visualiser la vidéo de son intervention dès qu’elle sera publiée sur le site Innovation au Napoléon.

A noter, la parution en mars du prochain livre de Brian « What’s the Future? » dans lequel il proposera une vision consolidée des défis de l’entreprise digitale. A lire dès sa sortie !

A noter également le livre blanc « The Little Blue Book of Social Transformation » édité par SalesForce en partenariat avec Brian. Ce livre blanc propose les grandes étapes de la transformation digitale des entreprises.

Pour une vision plus complète des pépites de la conférence, je vous invite à consulter l’histoire Storify compilée par Gabrielle Laine Peters (@GabrielleNYC).

Une fois encore j’ai été très heureux d’assister aux Assises des Médias Sociaux. Ce format de conférence offre l’occasion de présentations approfondies sur des thématique pointues et d’un échange de grande qualité avec les intervenants et au travers du « live tweet ». Surveillez les prochaines échéances et laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas !

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Qui sont les professionnels du Web et de l’Internet ?

Les métiers du Web et de l’Internet recouvrent une multitude de compétences et de parcours professionnels. Ces métiers sont encore jeunes, peu normalisés dans leurs missions et compétences requises pour les exercer. La classification ROME (Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois) de Pôle Emploi, référence cependant plusieurs fiches métiers du Web, de l’Internet, du multimédia et de la communication, qui recouvrent ces métiers.

Au-delà de la normalisation de ces métiers, amenés encore à évoluer dans les années qui viennent, il peut être intéressant de comprendre comment ils sont exercés. C’est l’objet de l’étude réalisée dans le cadre du projet européen Interreg IV France-Wallonie-Flandre COMPETIC. Bien que cette étude couvre une zone géographique restreinte, elle fournit quelques enseignements intéressants sur les professionnels du Web et de l’Internet. Le portail des métiers de l’Internet indique les principales conclusions de l’étude. Quelques points du rapport complet ont attiré mon attention.

On apprend par exemple (voir p.30) que 70% des répondants à l’enquête déclarent utiliser aujourd’hui des compétences acquises en auto-formation. Quelle autre filière métier dépend autant de l’auto-formation ? Comment l’entreprise peut-elle structurer une filière métier pour les professionnels du Web ? Comment peut-elle organiser l’auto-formation pour lutter contre l’obsolescence des connaissances de ses employés ?

LinkedIn et Viadeo émergent parmi les canaux de recrutement (voir p.52), mais restent peu utilisés par rapport aux canaux classiques, ce qui peut sembler surprenant pour un univers professionnel a priori enclin à utiliser les médias sociaux. Si les professionnels des métiers les plus à l’avant-garde des usages de nouvelles technologies en sont encore là, les jobs boards ont encore de beaux jours devant eux. Et on peut se demander comment les réseaux sociaux professionnels peuvent évoluer pour devenir des canaux de recrutement plus efficaces ?

68% des répondants (voir p.64) déclarent ne pas télétravailler (au moins un jour par semaine) ce qui reste surprenant pour des métiers du numérique. Métiers pour lesquels de nombreuses tâches peuvent être réalisées sans dépendre d’un matériel lourd. Cependant, ce faible taux de télétravail est compensé par le fait que 60% déclarent ramener du travail à la maison. Le télétravail pendant les heures ouvrées aurait-il du mal à se développer, même pour ces populations habituées à utiliser des ordinateurs dans leur quotidien ?

69% des répondants français (voir p.72) se déclarent satisfaits de leurs perspectives de carrière. Autrement dit, 3 professionnels Français du Web sur 10 ne sont pas heureux des perspectives de carrière qui leur sont offertes. N’est-ce pas paradoxal pour un domaine d’activité en pleine évolution et offrant de belles perspectives de croissance ? Qu’en est-il d’autres domaines d’activité?

62% des répondants se déclarent satisfaits de leurs revenus (voir p.74). 4 professionnels du Web sur 10 ne sont donc pas satisfaits de leurs revenus. Cela signifie-t-il qu’ils perçoivent que la valeur ajoutée apportée par leur travail n’est pas justement récompensée par leur employeur ?

Les inégalités hommes-femmes sont importantes (voir p.84). Elles s’expliquent probablement par la répartition des sexes entre les métiers du web, les femmes s’orientant semble-t-il vers des métiers moins rémunérateurs.

7 travailleurs sur 10 envisagent de changer d’emploi dans les 2 ans à venir (voir p.110). N’est-ce pas contradictoire avec le taux de satisfaction sur les perspectives de carrière ? Comment préparer la carrière de ces professionnels ? Comment faire en sorte qu’ils puissent se projeter dans l’entreprise au-delà de 2 ans ? Encore une question de filière métier à organiser au sein de l’entreprise, voire en organisant des passerelles entre entreprises.

Enfin, au-delà de ces points qui ont attiré mon attention et soulèvent de nombreuses questions, j’aurais apprécié de pouvoir comparer avec les pays anglo-saxons (notamment UK et Etats-Unis) qui font figure d’eldorado pour les professionnels de la profession. Il serait en effet intéressant de disposer d’un baromètre international permettant d’apprécier le bien-être des professionnels du Web et de l’Internet dans différents pays. Un comparatif qui permettrait de comprendre les leviers de recrutement et de fidélisation des talents du Web et de l’Internet, source de développement de richesses dont notre pays a bien besoin.

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J’ai débranché, note de lecture

J'ai débranché, Thierry CrouzetComment vivre sans Internet après une overdose ? C’est la question que s’est posé Thierry Crouzet (@tcrouzet). Et pour y répondre, il s’est coupé du monde merveilleux d’Internet pendant 6 mois et raconte son expérience dans son livre.

Au fil de son livre, Thierry Crouzet explique comment il a été amené à s’interroger sur sa psychologie, comment il a redécouvert les plaisirs simples de la vie, comment il a repris goût aux échanges directs avec ses semblables, ces humains pas forcément tous connectés en permanence à Internet.

La lecture de l’ouvrage m’a également amené à réfléchir sur ma propre consommation d’Internet et à me poser la question : et si je débranchais aussi ?

Ce que j’ai aimé et ce que j’ai moins aimé

Étant un utilisateur d’Internet depuis un peu plus de 20 ans maintenant, cette expérience n’a pas manqué d’aiguiser ma curiosité. D’autant plus que c’est par l’intermédiaire d’une publication de Loic Le Meur sur Google+ (si mes souvenirs sont exacts) que j’ai eu connaissance de la sortie du livre. En d’autres termes, si je ne suivais pas Loic sur les médias sociaux (et donc via Internet), je n’aurais probablement pas su que le livre était sorti. Une belle illustration de l’apport d’Internet dans ma vie.

Je me suis donc plongé avec délice dans la lecture de l’ouvrage. Comment peut-on décider un beau matin de se couper d’Internet ? D’autres par le passé ont pu décider de se passer d’électricité, de se désintoxiquer des drogues, ou encore d’arrêter de manger de la viande. Mais se couper d’Internet, voilà qui est nouveau ! L’auteur décrit les différentes étapes de son sevrage. C’est bien écrit, on ressent bien les états de manque, les questions profondes qu’il se pose sur sa psychologie et sa relation aux autres. Le récit change brutalement de style au moment où l’expérience pousse l’auteur à prendre même du recul avec les ordinateurs. Ce passage est d’ailleurs quelque peu déroutant sur le plan du style. Au final, j’ai apprécié l’ouvrage, mais je suis resté sur ma faim concernant l’expérience elle-même. En effet, l’auteur a continué d’utiliser Internet par l’intermédiaire de sa femme. Une coupure complète aurait été probablement encore plus riche d’enseignements.

Et si je débranchais aussi ?

Au fil des chapitres, je me suis demandé si j’étais moi-même accro au net. Une chose est sûre, il me semble que j’en ai un usage bien plus modéré que l’auteur avant sa crise, malgré ce que peut en dire mon entourage. Je me suis amusé à noter pendant une semaine comment j’utilisais Internet au quotidien, en me posant à chaque fois la question : aurais-je pu faire autrement ?

Le premier jour lors du petit-déjeuner, la lecture en quelques minutes des messages publiés sur Facebook pendant la nuit m’a permis d’apprendre que Jean Dujardin avait reçu l’Oscar du meilleur acteur. Avant Internet et les médias sociaux, j’aurais probablement appris la nouvelle au journal TV du matin (que je ne regarde plus depuis environ 15 ans…). J’ai aussi appris qu’un ancien collègue s’apprêtait à courir son premier semi-marathon. Impossible d’obtenir cette information autrement que via les médias sociaux. Sans Internet, je n’aurais tout simplement pas pu conserver le minimum de contact qui m’aurait permis d’être informé. Et j’aurais raté l’occasion de partager mon expérience de ce type de course. Toujours en petit-déjeunant, un coup d’œil sur ma messagerie professionnelle m’a appris que le rendez-vous que je devais avoir le matin-même était reporté. Aussitôt, changement d’agenda de ma journée. Sans Internet, je me serais déplacé inutilement et j’aurais probablement maudit celui qui venait d’annuler le rendez-vous. Sans Internet, il faut être bien plus prévoyant… Enfin, un autre email m’a permis d’être au courant des dernières nouvelles intervenues chez mon client, avant même d’arriver sur les lieux. Les premiers échanges sont immédiatement opérationnels. Inutile en effet de me faire un résumé de la situation dont j’ai déjà pris connaissance. Sans Internet, un point de synchronisation aurait été nécessaire, voire une réunion d’équipe, encore plus chronophage.

Sur le trajet dans les transports en commun, j’ai poursuivi en toute discrétion des discussions via Google Talk, Foursquare et Facebook. Sans Internet, ces discussions n’auraient jamais eu lieu. Certaines sont futiles (autant que celles qui ont lieu devant les machines à café dans les entreprises). D’autres étaient plus profondes et m’ont enrichi.

Application SNCF sur BlackBerrySur le trajet retour, compte-tenu des problèmes de transports en commun de ces derniers temps, un coup d’œil sur l’application SNCF installée sur mon BlackBerry m’a fait renoncer à choisir un trajet alternatif à mon trajet habituel. Sans Internet, j’aurais perdu une demi-heure sur un quai de gare dans le froid de l’hiver. Et une demi-heure à 20h30 pour un père de famille, ça compte !

En soirée, un candidat à la présidentielle débattait sur TF1. La chaîne proposait de poser des questions au candidat… via Internet. Auparavant, il aurait été impossible au citoyen de pouvoir poser ses questions, à moins d’avoir été retenu pour faire partie du panel des invités sur le plateau. Probabilité infinitésimale. Il fallait donc s’en remettre aux journalistes. Cela dit, la possibilité offerte par les médias sociaux n’est pas pour autant un gage de qualité des échanges de la démocratie participative.

Le lendemain, je devais me rendre à Paris dans un endroit où je n’étais jamais allé. En une minute sur ratp.fr, je savais comment m’y rendre et combien de temps prendrait le trajet. Avant Internet, il était nécessaire de disposer d’un plan de Paris récent pour identifier les stations de métro les plus proches. Les arrêts de bus étaient rarement indiqués dans ce type de plan. Les agents au guichet ne disposaient pas non plus d’informations plus précises. En ce sens, Internet apporte gain de temps et de fiabilité.

Sur le trajet, un incident a interrompu le trafic. J’étais alors coincé dans un tunnel… sans connexion Internet mobile. Le drame ! Impossible d’envoyer un message à la personne que je devais rencontrer. La coupure du réseau en est d’autant plus insupportable. Serais-je donc accro à l’Internet utile ?

Google Maps sur BlackBerryEn arrivant dans le quartier, c’est avec l’application Google Maps installée sur mon BlackBerry que je me suis orienté. Sans Internet, il m’aurait fallu étudier le plan affiché dans la bouche de métro, retenir les noms des rues à prendre, ou encore demander mon trajet aux passants. Encore un service bien pratique, que j’ai d’ailleurs déjà utilisé par le passé pour renseigner des personnes perdues. A ce titre, le service d’orientation offert par Google Maps n’est pas un frein à l’échange direct avec les personnes que l’on croise.

En soirée, je suis allé m’entrainer équipé de ma montre cardio-GPS et de l’application Endomondo pour BlackBerry. Avant l’arrivée sur le marché des montres cardio, un coureur à pied prenait régulièrement son pouls à la main (en multipliant par 10 le nombre de battements comptés en 6 secondes, on obtient une bonne approximation du rythme cardiaque à la minute). Quant aux GPS, leur apparition a permis de s’affranchir de courir sur des parcours balisés. Endomondo est un pur produit du web social : rendu possible par la combinaison du GPS et de l’Internet, ce service permet en effet à mes amis qui le souhaitent de suivre en direct mon entrainement sur une carte. Ce qui n’a pas grand intérêt en soi, et qui pourtant intéresse certains, surtout sur les compétitions. Internet rend possible cette connexion avec son entourage. Ce qui ne veut pas dire qu’elle la rend obligatoire. Si je ne veux pas allumer Endomondo, libre à moi. Et mes amis ne sont pas obligés de me suivre non plus. Certains d’ailleurs trouvent déjà excessifs de voir publié sur ma timeline Facebook le résumé des séances captées par Endomondo. Internet offre ici des possibilités nouvelles dont il convient de ne pas être esclave.

Un peu plus tard, les données collectées par ma montre cardio-GPS se sont automatiquement déversées sur le site Garmin Connect. Avant Internet, il me fallait noter dans un petit carnet les informations clés de mes entrainements. L’analyse a posteriori nécessitait de parcourir les pages à la recherche d’une séance similaire par exemple, pour observer la progression. Garmin Connect me permet à tout moment et où que je sois, d’étudier une séance passée, avec une richesse d’informations exceptionnelle. Je discute par ailleurs de mes entrainements avec d’autres marathoniens que j’ai « cerclés » dans Google+. Discussions que j’avais auparavant avec mes camarades de club. Mais je ne suis plus en club depuis 15 ans ! Internet me permet donc de continuer d’améliorer mes connaissances sur les techniques d’entrainement.

AlloCine sur BlackBerryLe lendemain, c’est sur le quai de la gare que j’ai consulté l’application AlloCiné sur mon BlackBerry pour choisir le film que je comptais aller voir. Sans Internet, j’aurais sûrement acheté le Pariscope en librairie (à propos, existe-t-il toujours ?). Et je n’aurais bien sûr pas pu connaître les avis de mes amis autrement qu’en ayant discuté du film au hasard d’une rencontre dans les jours précédents, et encore moins les avis des spectateurs que je ne connais pas.

Un peu plus tard, ce sont enfin mes parents qui, tout juste arrivés à destination de leur voyage de printemps, me contactent en vidéo via Windows Live Messenger. Avant Internet, impossible de se voir en direct. Au mieux un appel téléphonique aurait permis un échange vocal qui n’a pas le même impact que la vidéo.

Juste une question d’équilibre

C’est ainsi qu’au fil des journées, j’utilise ces services sans même y faire attention tant ils font désormais partie de mon quotidien. En réfléchissant à cet article, j’en avais même occulté certains services tels que Twitter, les SMS, BlackBerry Messenger et bien-sûr la téléphonie mobile. Et pourtant, tout ceci n’est possible que grâce à Internet.

Tous ces services m’ont été utiles. Bien sûr je pourrais m’en passer. Et c’est bien sur ce point que l’expérience de Thierry Crouzet est intéressante. Pour s’en passer il faut au préalable avoir gardé pied dans la réalité. Nous ne sommes pas des êtres réseau. Nous sommes des êtres sociaux qui peuvent utiliser le réseau pour entretenir nos relations sociales.

Vous qui êtes arrivé au terme de ce long article (bravo !), arrivez-vous à vous passer d’Internet ? Avez-vous conscience de ce que ce réseau vous apporte au quotidien ? Comment vivez-vous une interruption de réseau ou l’oubli de votre smartphone ? Pour en débattre, je vous propose bien sûr, de poster vos commentaires ci-dessous… en utilisant Internet :-).

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