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Archive for the ‘Réseaux sociaux’ Category

Lettre ouverte à mes amis Facebook passifs

Facebook_unfriendCher ami Facebook passif,

Voilà plusieurs mois, voire plusieurs années, nous avons concrétisé sur Facebook un lien d’amitié. Ce faisant, tu peux voir et réagir à ce que je publie et je peux faire de même avec ce que tu publies. Depuis de longs mois cependant, tu ne réagis plus à mes publications et tu ne publies rien qui me fasse réagir. Ainsi, Facebook ne dispose d’aucun élément lui permettant de comprendre la nature de notre relation amicale. Ce faisant, Facebook a beaucoup de mal à me présenter les contenus publiés par d’autres amis, bien plus actifs, qui pourtant pourraient m’intéresser. Pire, Facebook ne présente plus à mes amis actifs ces jolis contenus que j’ai préparés pour eux. Bref, c’est la cata.

Alors cher ami Facebook passif, ne m’en veux pas de couper notre relation d’amitié sur Facebook. Bien sûr nous avons d’autres lieux, d’autres moyens de nourrir cette relation qui nous unie. Bien sûr aussi, si ton usage de Facebook évolue à l’avenir, je serai ravi de recevoir ton invitation à renouer notre relation d’amitié sur ce réseau social.

Si tu veux en savoir plus, comprendre plus en détail ce que d’autres ont déjà analysé sur la nature des relations d’amitié passives sur Facebook, tu pourras lire avec intérêt l’article de Emily Turrettini « Pourquoi il faut supprimer vos “amis” passifs sur Facebook ».

La FNAC cartonne sur les médias sociaux. Avec quelle stratégie ?

FNACLa FNAC a été primée cette année aux Social Media Awards, dans la catégorie e-commerçants. Les Social Media Awards récompensent les meilleures stratégies social media des marques ayant une activité en France. Facebook, Twitter, Google +, YouTube et LinkedIn sont pris en compte. La bataille est rude dans cette catégorie. Alors comment expliquer le succès de la FNAC sur les médias sociaux ? Pour y répondre, j’ai eu l’opportunité d’interviewer Ann-Gaël Houeix (@anngael_wex), Social Media Manager de la FNAC.

Quelles étaient les difficultés de la FNAC il y a un an dans sa relation avec les consommateurs au travers des médias sociaux ?

AG. Houeix : « Fin 2012, nous étions face à 2 problèmes :

  • La marque Fnac est une marque polarisante, qui génère naturellement beaucoup de discussions. Nous n’étions pas forcément organisés de manière à pouvoir entrer en conversation avec nos communautés.
  • L’écosystème Fnac était existant mais nous avons dû poser la stratégie et travailler les enjeux par cible, par canal, par réseau social ; Aujourd’hui, il est impossible de faire du copier-coller entre ses différentes plateformes. On ne communique pas à ses fans Facebook comme à ses followers. »

Quelle a été la stratégie de l’enseigne pour traiter les difficultés ?

AG. Houeix : « Le premier chantier a été la structuration de l’équipe. L’équipe Social Media a été créée fin 2012 et s’est renforcée au fil du temps. Les équipes service client se sont elles aussi constituées pour que des personnes soient dédiées à temps plein à ce canal de communication.

Le deuxième chantier a été l’équipement d’outils d’analytics pour mesurer nos actions. Nous travaillons aujourd’hui avec Social Bakers notamment. Nous avons aussi créé un process de crise et d’alerting, en lien avec les équipes RP, pour pouvoir agir et répondre plus vite et plus efficacement, en fonction des éventuels problèmes qui peuvent surgir. »

Quels moyens l’enseigne a-t-elle déployés ?

AG. Houeix : « Nous avons commencé par externaliser une partie du community management (animation notamment), avec notre agence de publicité Marcel du groupe Publicis. Début 2014, ces ressources ont été complètement internalisées. Le service client a lui toujours été géré en interne.

Nous avons par ailleurs privilégié une croissance organique des communautés. D’une part, car ces fans restent plus « qualitatifs » car ils ont un réel intérêt pour la marque et que d’autre part, notre budget média est très faible par rapport à d’autres annonceurs.

En termes d’organisation, sur 2013, nous étions 2 dans l’équipe Social Media (moi + un contrat pro en interne + 1 community manager au début externalisé en agence puis internalisée depuis 2014). »

Quels KPI sont mesurés, à quelle fréquence et qui en est destinataire ?

AG. Houeix : « Les principaux KPI sont :

  • L’engagement : c’est le taux le plus difficile à stabiliser et qui pourtant en dit long sur l’implication de notre communauté vs nos publications
  • Le trafic et le Chiffre d’Affaires généré sur le site (la taille de la communauté était primordiale surtout sur la première partie de 2013, pour constituer une base de fans importante)

Nous mesurons ces KPI de façon hebdomadaire puis mensuelle. Ceci dit, nous sommes très attentifs à la performance de nos communications afin de pouvoir réagir très rapidement si besoin (par exemple lorsqu’un tweet ou post Facebook sur-performe, il nous arrive de le sponsoriser).

Les destinataires de ces KPI sont ma responsable directe (Responsable Publicité et Marque) sur l’hebdo et mensuel. Tous les semestres, le reporting et l’état des lieux des projets se fait au PDG. En parallèle, nous tenons au courant de nos actions ponctuelles les chefs de produit et/ou les marques lorsqu’un plan média est monté. »

Comment les collaborateurs dans les points de vente et les centres d’appel sont-ils impliqués ?

AG. Houeix : « Pour le call center, les collaborateurs sont directement impliqués car une équipe a été montée en 2013. Ces équipes prennent aujourd’hui la main, directement sur notre page Facebook pour pouvoir répondre aux problématiques service client. Nous avons même créé en septembre 2013, un compte twitter dédié au service client, @Fnacvousaide, toujours dans une logique d’être encore plus à l’écoute de nos clients et de pouvoir leur apporter une meilleure qualité de service.

Les équipes des magasins sont elles aussi impliquées. Les équipes dirigeantes des magasins interviennent en cas d’expérience malheureuse en magasin. Les magasins nous remontent également en photo les temps forts du point de vente afin que nous puissions également les relayer sur les différents réseaux sociaux (par exemple, lors d’un showcase ou une dédicace d’un artiste). Enfin, certains collaborateurs aident également au rayonnement de la marque via leurs comptes personnels. Nous encourageons ce type de démarche si elle est faite de manière positive pour la marque. Aujourd’hui ces personnes ne sont pas animées par les RH ou par la communication interne. »

Quels résultats la FNAC a-t-elle obtenu grâce à ses investissements sur les médias sociaux ?

AG. Houeix : « Nos communautés se sont largement étoffées. Sur 2013, nous avons multiplié par 3 notre communauté Facebook, par 2 notre communauté Twitter (cette tendance de croissance a continué sur 2014, pour atteindre aujourd’hui 920 000 fans Facebook et 65 000 followers Twitter).

Grâce à un long travail sur la charte éditoriale, nous avons à la fois su interagir selon les centres d’intérêts de nos fans et pu également établir des liens de confiance avec notre communauté. Et nous avons considérablement réduit le nombre de commentaires négatifs.

Dans un premier temps notre taux d’engagement s’est amélioré et surtout stabilisé. Concernant le comportement des clients, nous sommes en train de mesurer les impacts sur les canaux habituels (call, email, etc) afin de pouvoir savoir si les réseaux sociaux ont remplacé un canal existant ou a créé un point de contact additif. Ce qui est certain c’est que qualitativement, nous avons vu un changement de comportement. Forcément un client que l’on écoute (avant même de trouver une solution) ne réagira pas de la même manière que quelqu’un resté sans réponse. »

Quels sont les prochains axes de développement ?

AG. Houeix : « Sans rentrer dans le détail, voici quelques axes de développement à venir :

  • Booster de création de trafic des réseaux sociaux vers notre site com
  • Renforcer la socialisation de notre site internet
  • Sans oublier, la création de contenu, les enjeux sur la data etc… De beaux projets restent à venir ! »

Conclusion

Je remercie bien sûr Ann-Gaël Houeix de s’être prêtée à l’exercice, ainsi que Thina Cadierno (@TCadierno) qui nous a mis en relation (magie des médias sociaux !).

Au travers de ce court entretien, vous aurez noté que la récompense obtenue par la FNAC est tout sauf un hasard. Des investissements financiers (outils, agences) et humains (internalisation, mobilisation des collaborateurs en magasin et en call center) ont été engagés. Une action sur le long terme a été préférée à la recherche de résultats qui auraient pu être achetés par cette grande marque. Une démarche vertueuse et pérenne, bien plus profitable pour l’entreprise. A suivre !

Transformation digitale dans la distribution de livres : la loi anti-Amazon est-elle utile ?

AmazonLa loi anti-Amazon est applicable aujourd’hui, et déjà Amazon l’applique sans pour autant que l’impact sur son activité de distributeur de livres soit a priori important. Voilà donc une loi pensée pour contrer un distributeur en ligne et favoriser les libraires physiques, qui risque de ne servir à rien. La loi est-elle pour les libraires physiques, la seule manière de contrer la distribution en ligne ?

Amazon est devenu en quelques années un distributeur de livres majeurs en France. Un éditeur me confiait récemment réaliser plus de 30% de ses ventes via Amazon. On n’est pas loin de la dépendance, comme les hôteliers avec booking.com. Si Amazon s’est autant développé, c’est qu’il répond à un besoin et qu’il le fait en offrant une expérience consommateur de grande qualité. Le catalogue compte des millions de références de livres, la livraison est rapide et de qualité, le prix est compétitif.

Geopolitique d'InternetLes libraires physiques ont-ils pour autant perdu la bataille de la distribution du livre ? De mon point de vue, ils ont pourtant un rôle important à jouer en se concentrant sur leur valeur ajoutée, et en s’adaptant au monde digital dans lequel nous vivons (rappel aux plus étourdis, nous sommes en 2014). Permettez-moi de vous compter une anecdote (promis, ce ne sera pas long). Mon ami David Fayon venait de sortir Géopolitique d’Internet. Me rendant à un rendez-vous à La Défense, je fais un détour par la FNAC du CNIT. Je m’adresse à la libraire qui m’indique qu’elle a mis le livre en tête de gondole. Heureux pour David, je dégaine mon smartphone, le pointe vers la tête de gondole pour prendre une photo, prêt à partager ma joie sur les médias sociaux auprès de mes quelques 1300 followers Twitters, 250 amis Facebook, 1 500 connaissances LinkedIn et milliers de visiteurs de mon blog très spécialisé sur l’Internet. La libraire hurle alors : « ah non, je vous arrête ! Les gens commencent comme ça, prennent des photos, n’achètent pas et nous après, c’est comme Virgin ! » (Virgin était en train de déposer le bilan). Je renonce à prendre la photo, et prend le temps de discuter avec la libraire pour comprendre sa frustration de voir défiler chaque jour des clients qui n’achètent pas, de voir son rayon réduit d’année en année. Non contente de m’avoir empêché de partager ma joie spontanée, elle conclue notre échange en me disant : « comme vous connaissez l’auteur, vous pourriez lui demander de venir présenter son livre ici ? ». Un comble ! Croyez-vous vraiment que j’ai envie de faire un quelconque effort pour l’aider à animer son point de vente ?

Cette personne, aussi sympathique soit-elle, est malheureusement restée bloquée dans un monde qui n’est plus le nôtre. Elle doit faire son deuil d’un modèle de distribution qui a détruit des milliers de petites librairies de quartier. Elle doit surtout adopter le digital, en comprendre les codes, se repositionner dans la chaine de valeur de la distribution de livres, redonner du sens à son métier de libraire. Imaginons par exemple que la FNAC équipe ses rayonnages de QR Code géolocalisés. Le consommateur que je suis, tout heureux de partager sa trouvaille, pourrait alors faire un check-in Foursquare renvoyant tous ceux qui me suivent vers ce point de vente. La libraire pourrait même me prendre en photo devant la tête de gondole et ainsi flatter mon égo (le moteur des médias sociaux, comme chacun sait). Elle pourrait ensuite rebondir sur les traces que j’aurais ainsi laissées sur Twitter, Facebook, LinkedIn, Foursquare, Babelio et pourquoi pas sur le site de la FNAC (qu’attend-elle pour créer une communauté de lecteurs ?), en donnant son point de vue de libraire, en partageant sa perception du sujet traité dans le livre, en quoi il mérite l’attention du lecteur. Ce faisant, elle entrerait immanquablement en discussion avec l’auteur qui pourrait être ravi de se prêter au jeu de la conférence dans le point de vente, qu’il s’y rende physiquement ou virtuellement au travers d’une visio conférence, comme j’ai pu le faire en interviewant Thierry Crouzet, auteur de J’ai débranché (@crouzet) via Skype.

 

FNACAinsi la libraire deviendrait l’animatrice de discussions autour du livre, et non plus seulement la personne qui agence le rayonnage et le range après le passage de clients qui n’achètent pas. Cela suppose une réflexion profonde sur son métier, sur ce qu’elle apporte au lecteur, sur le rôle qu’elle peut jouer au travers des médias sociaux pour animer une communauté de lecteurs, créer du trafic en ligne autour d’elle et sur son point de vente. Elle valoriserait ainsi son rôle essentiel dans la distribution de livres en recréant cet espace d’échanges, ce lien social qui unit les lecteurs, innervé par l’émotion de la lecture et le plaisir du partage. Une transformation digitale qui redonne au libraire la place qu’il mérite avant, pendant et après l’achat du livre.

Pour plus d’informations sur la loi anti-Amazon et ses conséquences, j’invite le lecteur à lire :

The Science of Social 1&2, note de lecture

Comment développer son entreprise sur les médias sociaux avec succès ? En comprenant la mécanique sur laquelle ils reposent. Dans The Science of Social 1&2, Michael Wu (Chief Scientist de Lithium, @mich8elwu) décortique comment les médias sociaux fonctionnent, en s’appuyant sur une analyse scientifique des ressorts psychologiques et sociaux, corroborée par les données collectées au travers des plateformes sociales. Lecture chaudement recommandée pour tirer vraiment profit des médias sociaux.

The Science of Social 1&2

The Science of Social

En appliquant les principes décrits dans le livre, giffgaff traite 100% des demandes clients avec sa communauté en 93 secondes en moyenne. Vous vous rendez compte ? Un service client totalement sous-traité à une communauté, avec un niveau de performance exceptionnel. De quoi faire pâlir d’envie tous les Directeurs de la Relation Client. Michael Wu explique ainsi tout l’intérêt d’investir dans les médias sociaux, et de cultiver la relation avec les superfans de la marque. Des superfans qu’il définit comme des gens qui adorent la marque, à la limite de la dévotion, y consacrent un nombre d’heures excessif et produisent des contenus d’aussi bonne voire de meilleur qualité que ce que produisent les agences digitales. Comment identifier ces si précieux superfans ? Comment les valoriser ?

Identifier les superfans revient à identifier les personnes ayant une influence. Influence que l’auteur caractérise selon six facteurs : crédibilité sur le domaine, bande passante élevée, pertinence du contenu, pertinence temporelle, alignement des canaux, confiance de la cible.

Deux dispositifs bien différents peuvent être utilisés pour identifier puis valoriser les superfans : un réseau social (qui maintient des relations existantes) et une communauté (qui crée des relations).

L’auteur décrit comment mobiliser l’attention des superfans : par le jeu. Plus précisément, en appliquant au bénéfice de l’entreprise, les mécanismes moteurs du jeu. Cependant, pour qu’un jeu avec les consommateurs soit utile pour l’entreprise, il doit répondre à des questions fondamentales. Comment les gens sont-ils motivés ? Qu’est-ce qui pousse les gens à agir ? Comment prédire ou affecter de manière fiable les décisions des gens dans l’intérêt de la marque ? Pour répondre à ces questions, il convient de s’adresser aux 4 types de personnalités de joueurs, selon un modèle proposé par Bartle : réalisateurs, exploreurs, socialisateurs, tueurs.

The Science of Social 2

Dans le deuxième tome, Michael Wu pousse la réflexion encore plus loin en illustrant les concepts sous-jacents aux réseaux sociaux et aux communautés, sur des cas réels (BarclayCards, Skype, Spotify, BSkyB, etc), en indiquant les métriques à suivre et en fournissant au lecteur des fiches simples pour vérifier la compréhension des concepts exposés.

Cependant, face à la profusion des données qui pullulent sur les médias sociaux, des questions sont légitimes. Comment adapter l’entreprise à la croissance exponentielle des conversations ? Comment identifier le bon grain de l’ivraie dans le flot continue des conversations ? Comment identifier les attentes des consommateurs ? Comment concevoir un programme relationnel qui exploite les qualités des réseaux sociaux et des communautés ? Comment utiliser les médias sociaux au service d’une croissance durable de l’entreprise ? Pour répondre à toutes ces questions, Michael Wu fait appel au modèle en 4 engrenages de Geoffrey Moore : 2 engrenages des modèles traditionnels (acquisition et monétisation), complétées de 2 nouveaux engrenages (engagement et enrôlement).

The Science of Social - The-4-Gear-Model

Pour l’engrenage de l’acquisition, les réseaux sociaux généralistes (Facebook, Twitter, LinkedIn, Google+) sont devenus incontournables. Pour que la viralité fonctionne, un contenu de qualité ne suffit pas. Il faut aussi porter une attention particulière aux liens faibles entre les membres d’un réseau social. En effet, ces liens sont le support de propagation des messages entre réseaux. Propagation d’autant plus rapide qu’avec les réseaux sociaux, le monde rétrécit. Ainsi, selon la théorie de Stanley Milgram, 6 degrés séparent deux individus quelconques, alors que sur Twitter, seuls 3,43 degrés séparent deux twittos. Le monde est vraiment très petit…

L’engrenage de l’engagement vise à transformer les connexions avec les consommateurs (fans, followers), en interactions de bien plus grande valeur pour l’entreprise. L’auteur démontre comment Facebook s’avère un formidable support des liens forts entre individus, au détriment de liens faibles, ceux justement qu’une marque doit privilégier pour véhiculer ses messages d’une sphère relationnelle à l’autre. Démonstration qui s’appuie sur le modèle relationnel du sociologue américain Mark Granovetter selon lequel une relation entre deux individus repose sur quatre piliers : temps, intensité, confiance, réciprocité.

L’engrenage de l’enrôlement utilise la gamification (qu’on peut traduire en français par ludification) pour convertir, sur le long terme, les membres d’une communauté d’intérêt en fans d’un sujet partagé. L’enjeu est d’abord de proposer aux fans des contenus qu’ils ont envie de voir et non des contenus que la marque veut montrer, et de le faire dans la durée. Ensuite, l’auteur attire l’attention sur la psychologie des joueurs, et le rôle des récompenses pouvant, de manière contre-intuitive, conduire à long terme à une démotivation des joueurs. Enfin, le détail des caractéristiques fondamentales des leviers de motivation intrinsèque du membre d’une communauté (autonomie, maîtrise, parenté, but) permet au lecteur de bien comprendre comment concentrer son attention sur l’essentiel pour développer une communauté de marque. Et l’auteur de mettre en garde : « Souvenez-vous que le seul le social permet à une organisation d’agir à grande échelle sur les médias sociaux ».

Enfin, l’engrenage de la monétisation est celui par lequel le retour sur investissement dans les médias sociaux devient possible. L’exemple de BSkyB montre comment Annie+UK, une utilisatrice mécontente, est devenue une superfan qui a passé l’équivalent du temps de travail de 7 employés à temps plein sur une année. Certains argumenteront qu’il s’agit là d’un emploi déguisé, voire qu’à elle seule, cette superfan a empêché la création de 7 emplois. D’autres prendront en considération l’impact de cette superfan sur la qualité des services et produits de BSkyB au profit de ses spectateurs, rendus plus fidèles, ce qui sécurise le modèle économique de l’opérateur de télévision et donc l’emploi de ceux qui y travaillent. A ceux qui se demandent s’il y a un ROI dans les médias sociaux, l’auteur répond que « la question n’est pas de savoir où monétiser [l’audience], mais comment emmener les consommateurs de là où ils sont à là où vous voulez les monétiser ».

Que se passe-t-il si une marque fait trop vite passer les consommateurs de l’acquisition à la monétisation ? L’ensemble s’épuise. En d’autres termes, les quatre engrenages du modèle de Geoffrey Moore, sont indispensables.

Conclusion

J’ai apprécié la richesse des exemples fournis, l’exposé des modèles conceptuels sous-jacents aux médias sociaux, la pédagogie de l’auteur. Les deux livres sont utiles, même si le deuxième me semble plus intéressant que le premier dont il résume les concepts. Développer une entreprise en utilisant les médias sociaux est possible, et c’est même peut-être devenu un moyen incontournable de nos jours. Bonne lecture !

Les deux livres sont disponibles sur Amazon au format Kindle :

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Réseaux sociaux pour le recrutement : pas brillant !

RegionsJob Etat des lieux du recrutement sur les réseaux sociauxRegionsJob a récemment publié une étude sur le recrutement au travers des réseaux sociaux. L’étude apporte quelques informations intéressantes sur les pratiques des recruteurs, peu enclins à utiliser les réseaux sociaux pour recruter, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. Cependant, la méthodologie de l’étude sème le doute sur les résultats.

Parlons tout d’abord des chiffres. Seules 56% des personnes interrogées déclarent utiliser les réseaux sociaux pour recruter. Curieusement du côté des candidats, sachant qu’en France LinkedIn compte plus de 6 millions d’utilisateurs et Viadeo 8 millions, on peut se demander à quoi peut bien servir de mettre à jour son profil sur ces réseaux sociaux, si les recruteurs s’en servent aussi peu. Or, l’expérience montre (au moins pour certaines populations, notamment les cadres et les commerciaux, comme l’indique l’étude) que ces réseaux sociaux professionnels sont prisés par les chasseurs de tête pour entrer en contact avec des candidats. Les chasseurs sont peut-être plus habitués à utiliser les réseaux sociaux ?

Autre chiffre étonnant, 48% des personnes interrogées font des recherches en ligne pour se renseigner sur des candidats. Cela n’a pas grand-chose à voir avec les réseaux sociaux, mais il est quand même surprenant que si peu de recruteurs fassent des recherches en ligne sur un candidat. Est-ce la conséquence d’une restriction imposée par le management (« interdiction de googliser un candidat ! ») ? Les chargés de recrutements en 2014 n’ont-ils pas encore le réflexe d’exploiter toutes les informations disponibles sur Internet ? Les informations disponibles en ligne sont-elles de si piètre qualité, que les chargés de recrutement renoncent à les consulter ?

Sur le plan de la méthodologie, l’échantillon interrogé est-il représentatif de la population RH ? Que ce soit en termes d’entreprises, de répartition sur le territoire, de rôle au sein de la DRH, de profil sociodémographique des personnes interrogées, le rapport de l’étude ne précise pas si l’échantillon est représentatif de la population RH en France. Dommage.

Le rapport ne précise pas non plus si les réponses ont été retraitées, par exemple pour éviter les doublons de personnes travaillant dans la même entreprise.

Autre curiosité, 35% des personnes interrogées déclarent avoir déjà écarté un candidat suite à des traces négatives trouvées en ligne. Proportion énorme si l’on tient compte du fait que seules 48% des personnes interrogées font des recherches en ligne sur un candidat.

Bref, comme souvent avec ce type d’études, beaucoup de chiffres et finalement peu de certitudes sur les enseignements qu’on peut en tirer. La tendance semble néanmoins être que le recrutement peine à se moderniser, s’appuyant surtout sur des outils classiques (sites d’emploi, salons, etc), et que les médias sociaux restent marginaux dans le recrutement (LinkedIn et Viadéo ont encore du pain sur la planche !). Pour le candidat, le bon vieux CV, les jobs boards et le réseau relationnel doivent donc être privilégiés. Le score Klout d’un candidat n’est pas prêt d’être pris en compte dans le recrutement !

Au final, l’étude n’aborde pas une question pourtant clé : quelle est la source des candidats que vous recrutez ? Cela permettrait aux candidats d’orienter leurs efforts sur les endroits prisés par les recruteurs. Peut-être pour une prochaine édition de l’étude ?

La portée des publications sur Facebook s’effondre, mais il y a moyen de la soutenir

Une étude de social@Ogilvy a récemment démontré que le reach organique d’une page Facebook s’effondre. Une chute vertigineuse qui inquiète les Community Managers et surtout les marques qui ont investi sur Facebook. Faut-il y voir pour autant une action malveillante ? Que peut faire une marque pour soutenir la visibilité de ses publications Facebook ?

Techcrunch explique de manière simple et limpide le caractère inéluctable de la chute de visibilité des pages Facebook. Tout tient en une équation qui rappellera aux plus littéraires les heures sombres de leurs cours de maths. La logique est implacable : il y a toujours plus de contenus à afficher à un utilisateur de Facebook dans son News Feed, alors que ledit utilisateur consacre un temps limité à Facebook. C’est une question d’économie de l’attention :

Why Is Facebook Page Reach Decreasing? More Competition And Limited AttentionL’algorithme de Facebook reste secret, aussi secret que l’algorithme de Google. Certains trouveront ce secret très ennuyeux. D’autres argumenteront que le fait de payer pour augmenter la visibilité d’un post, fait de Facebook un média de plus financé par la publicité. Rien de nouveau sous le soleil. Il faut juste admettre que tous les contenus ne peuvent pas être lus par tout le monde. Pas plus que toutes les publicités et publications qui remplissent nos boîtes aux lettres et nos boîtes email. Les premières campagnes d’affichage publicitaire au commencement de la publicité, ont toujours eu un succès retentissant lorsqu’elles ont débarqué dans un média. Puis, avec l’augmentation du nombre d’annonceurs, le succès de chaque publicité sur ledit média décline. Certains profitent même de la publicité à la télévision pour aller aux toilettes ! Facebook n’échappe pas à la règle. Face à cette chute inéluctable, comment une marque peut-elle soutenir le reach de sa page Facebook ?

Wisemetrics révèle qu’il y a un espoir et livre une astuce pour augmenter le reach des posts Facebook. Il s’agit tout simplement de publier plusieurs fois le même post. Au risque de lasser les fans exposés plusieurs fois au même contenu ? Pas tant que ça. Pour les pages ayant un reach bas (par exemple 2,5%), la répétition de la publication d’un post ne touche que 30% des fans exposés à la première publication. En d’autres termes, 70% de fans supplémentaires sont atteints grâce à cette répétition. Ce phénomène est cependant moins important pour les pages ayant un reach élevé.

Facebook Page Reach : there’s hope and here is a trick to increase your posts’ reachLa question est maintenant de savoir : qui osera tenter l’expérience, et prendre le risque de lasser une partie de ses fans exposés plusieurs fois au même message ? Autre question : les marques ayant intérêt à attirer et fidéliser leurs fans sur leurs pages, la qualité du contenu ne prime-t-elle pas sur la répétition des posts ? En d’autres termes, une publication moins fréquente et d’excellente qualité, répondant aux attentes des fans, suscitant leur engagement, n’est-elle finalement pas préférable pour émerger du brouhaha ? Les études ci-dessus ne se penchent pas sur l’impact de la qualité des posts sur le reach. Intuitivement, c’est pourtant probablement le meilleur atout pour atteindre et fidéliser une audience sur un média social.

6,15% seulement des fans d’une page Facebook voient ses publications

social@Ogilvy_Facebook organic reach demiseVous pensiez que Facebook est un formidable allié vous permettant d’atteindre le consommateur dans son intimité, à tout moment et en douceur ? Mauvaise nouvelle : ce que votre marque publie sur sa page Facebook, de moins en moins de consommateurs le voient. Pour démontrer ce phénomène, social@Ogilvy a étudié une centaine de pages Facebook et recommande de mener quelques actions de Social CRM. Etude intéressante mais dont la méthodologie est discutable.

La chute constatée du reach sur Facebook est certes vertigineuse (6,15% en moyenne en février 2014 alors qu’on était à 16% en 2012), mais l’étude ne le compare pas avec le reach sur d’autres médias. Il serait pourtant intéressant de comparer le reach d’un contenu publié sur Facebook avec le reach d’un message publicitaire diffusé à la radio, la télévision ou dans la presse. Comparaison qui serait d’autant plus utile si elle était ramenée aux coûts de production et de gestion de ces contenus. En d’autres termes, une marque doit-elle investir sur Facebook (production de contenu et animation de page) ou en publicité sur un média traditionnel pour optimiser son reach ?

La chute est vertigineuse et social@Ogilvy accuse clairement Facebook d’en être responsable. Je me demande si les consommateurs ne sont pas également responsables de cette chute : ceux qui voient un contenu, sont-ils toujours aussi enclins à l’aimer, le commenter, le partager, ou une lassitude s’est-elle installée, doublée d’une inquiétude du consommateur prenant conscience que toutes ses actions au travers de Facebook sont scrutées et révèlent sa vie privée ? Ce manque d’engagement entrainant mécaniquement la considération par Facebook que les contenus sont de moindre intérêt, il peut être un facteur d’explication de la chute du reach.

L’annexe de l’étude définit le reach organique comme le nombre de personnes qui voient un post, que ce soit dans leur News Feed, dans la Timeline de la Page qui publie le post, ou dans le Ticker. Le reach s’exprimant en pourcentage, j’imagine que la définition exacte est plutôt : nombre de personnes qui voient un post, divisé par le nombre de fans de la Page au moment où le post est publié. L’étude ne précise pas à quel moment le nombre de personnes qui voient un post, est mesuré : 24h après publication, 48h, une semaine ?

L’étude ne précise pas non plus l’échantillon de pages retenu, mais assure que les 106 pages étudiées, représentent 48 millions de fans d’une gamme étendue d’industries, de produits, de verticaux et d’un mix global et local. Le lecteur est donc contraint de faire confiance à Social@Ogilvy quant à la qualité de l’échantillon.

L’étude n’indique pas non plus si on observe des phénomènes régionaux : les Français subissent-ils une baisse de la portée des posts Facebook comme les Américains ?

Social@Ogilvy conclue sur la nécessité pour les marques de faire évoluer leurs actions sur leur page Facebook : des actions plus ciblées, des investissements publicitaires par petites touches précises, des ajustements en temps-réel, des contenus publiés moins fréquemment.

Cibler une audience pour lui apporter un contenu vraiment engageant (comprenez : qui l’intéresse), nécessite de passer par les outils payants de Facebook, comme Custom Audience. En d’autres termes, là où il y a quelques années, les marques passaient par des emailing ciblés, elles passeront désormais par des campagnes sur des audiences ciblées… maîtrisées par Facebook. En prenant un peu de recul, cela revient à confier à un tiers la connaissance de sa clientèle, et donc d’en devenir dépendant. Attention, danger !

Cibler une audience, c’est aussi fabriquer un contenu qui répond aux attentes de petits groupes de consommateurs, fortement affinitaires. J’ai pu observer ce phénomène avec la page Facebook de mon groupe de reprises pop/rock (les Salt & Pépères) : une toute petite communauté (150 fans, essentiellement des amis des membres du groupe), avec un taux de portée (reach) des posts rarement en dessous de 50%, donc très au-dessus de la moyenne de 6,15% constatée en février 2014 sur l’échantillon de l’étude. En ce sens, l’étude de social@Ogilvy fait passer un message au lecteur : achetez-nous du contenu ! Une bonne façon d’attirer les budgets. Curieusement, le contenu produit par les fans n’est pas évoqué. C’est pourtant probablement la meilleure manière de proposer un contenu ciblé, à grande échelle.

Pour s’affranchir de la dépendance à Facebook, social@Ogilvy évoque la possibilité d’investir dans Google+, en prévenant aussitôt que l’effort serait énorme. Cependant, je n’ai pas bien compris comment les Google+ Circles pouvaient permettre de cibler une audience aussi finement que Custom Audience de Facebook. De manière générale, les marques ont tout intérêt à développer leurs propres communautés, en dehors des plateformes dont elles ne maîtrisent pas la gestion et utiliser les plateformes propriétaires pour ce qu’elles sont : des outils d’acquisition d’audience.

Au final, l’étude a le mérite de mettre l’accent sur la visibilité des contenus publiés sur une page Facebook. En ce sens, elle invite les marques à se poser la question de l’efficacité de leurs investissements sur ce média, et surtout à prendre conscience que c’est Facebook qui mène la danse. Une prise de conscience qui doit amener à revisiter la stratégie Social CRM de la marque, dans le cadre général de la stratégie marketing, commerciale et de relation client.

Pour plus de détails, voir l’article publié sur le Blog du modérateur et le rapport de l’étude publié par social@Ogilvy sur SlideShare :

 

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