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6,15% seulement des fans d’une page Facebook voient ses publications

social@Ogilvy_Facebook organic reach demiseVous pensiez que Facebook est un formidable allié vous permettant d’atteindre le consommateur dans son intimité, à tout moment et en douceur ? Mauvaise nouvelle : ce que votre marque publie sur sa page Facebook, de moins en moins de consommateurs le voient. Pour démontrer ce phénomène, social@Ogilvy a étudié une centaine de pages Facebook et recommande de mener quelques actions de Social CRM. Etude intéressante mais dont la méthodologie est discutable.

La chute constatée du reach sur Facebook est certes vertigineuse (6,15% en moyenne en février 2014 alors qu’on était à 16% en 2012), mais l’étude ne le compare pas avec le reach sur d’autres médias. Il serait pourtant intéressant de comparer le reach d’un contenu publié sur Facebook avec le reach d’un message publicitaire diffusé à la radio, la télévision ou dans la presse. Comparaison qui serait d’autant plus utile si elle était ramenée aux coûts de production et de gestion de ces contenus. En d’autres termes, une marque doit-elle investir sur Facebook (production de contenu et animation de page) ou en publicité sur un média traditionnel pour optimiser son reach ?

La chute est vertigineuse et social@Ogilvy accuse clairement Facebook d’en être responsable. Je me demande si les consommateurs ne sont pas également responsables de cette chute : ceux qui voient un contenu, sont-ils toujours aussi enclins à l’aimer, le commenter, le partager, ou une lassitude s’est-elle installée, doublée d’une inquiétude du consommateur prenant conscience que toutes ses actions au travers de Facebook sont scrutées et révèlent sa vie privée ? Ce manque d’engagement entrainant mécaniquement la considération par Facebook que les contenus sont de moindre intérêt, il peut être un facteur d’explication de la chute du reach.

L’annexe de l’étude définit le reach organique comme le nombre de personnes qui voient un post, que ce soit dans leur News Feed, dans la Timeline de la Page qui publie le post, ou dans le Ticker. Le reach s’exprimant en pourcentage, j’imagine que la définition exacte est plutôt : nombre de personnes qui voient un post, divisé par le nombre de fans de la Page au moment où le post est publié. L’étude ne précise pas à quel moment le nombre de personnes qui voient un post, est mesuré : 24h après publication, 48h, une semaine ?

L’étude ne précise pas non plus l’échantillon de pages retenu, mais assure que les 106 pages étudiées, représentent 48 millions de fans d’une gamme étendue d’industries, de produits, de verticaux et d’un mix global et local. Le lecteur est donc contraint de faire confiance à Social@Ogilvy quant à la qualité de l’échantillon.

L’étude n’indique pas non plus si on observe des phénomènes régionaux : les Français subissent-ils une baisse de la portée des posts Facebook comme les Américains ?

Social@Ogilvy conclue sur la nécessité pour les marques de faire évoluer leurs actions sur leur page Facebook : des actions plus ciblées, des investissements publicitaires par petites touches précises, des ajustements en temps-réel, des contenus publiés moins fréquemment.

Cibler une audience pour lui apporter un contenu vraiment engageant (comprenez : qui l’intéresse), nécessite de passer par les outils payants de Facebook, comme Custom Audience. En d’autres termes, là où il y a quelques années, les marques passaient par des emailing ciblés, elles passeront désormais par des campagnes sur des audiences ciblées… maîtrisées par Facebook. En prenant un peu de recul, cela revient à confier à un tiers la connaissance de sa clientèle, et donc d’en devenir dépendant. Attention, danger !

Cibler une audience, c’est aussi fabriquer un contenu qui répond aux attentes de petits groupes de consommateurs, fortement affinitaires. J’ai pu observer ce phénomène avec la page Facebook de mon groupe de reprises pop/rock (les Salt & Pépères) : une toute petite communauté (150 fans, essentiellement des amis des membres du groupe), avec un taux de portée (reach) des posts rarement en dessous de 50%, donc très au-dessus de la moyenne de 6,15% constatée en février 2014 sur l’échantillon de l’étude. En ce sens, l’étude de social@Ogilvy fait passer un message au lecteur : achetez-nous du contenu ! Une bonne façon d’attirer les budgets. Curieusement, le contenu produit par les fans n’est pas évoqué. C’est pourtant probablement la meilleure manière de proposer un contenu ciblé, à grande échelle.

Pour s’affranchir de la dépendance à Facebook, social@Ogilvy évoque la possibilité d’investir dans Google+, en prévenant aussitôt que l’effort serait énorme. Cependant, je n’ai pas bien compris comment les Google+ Circles pouvaient permettre de cibler une audience aussi finement que Custom Audience de Facebook. De manière générale, les marques ont tout intérêt à développer leurs propres communautés, en dehors des plateformes dont elles ne maîtrisent pas la gestion et utiliser les plateformes propriétaires pour ce qu’elles sont : des outils d’acquisition d’audience.

Au final, l’étude a le mérite de mettre l’accent sur la visibilité des contenus publiés sur une page Facebook. En ce sens, elle invite les marques à se poser la question de l’efficacité de leurs investissements sur ce média, et surtout à prendre conscience que c’est Facebook qui mène la danse. Une prise de conscience qui doit amener à revisiter la stratégie Social CRM de la marque, dans le cadre général de la stratégie marketing, commerciale et de relation client.

Pour plus de détails, voir l’article publié sur le Blog du modérateur et le rapport de l’étude publié par social@Ogilvy sur SlideShare :

 

Mettons de l’huile dans l’économie numérique

BCG e-Friction IndexLa France est 19e dans le classement du BCG des pays dans lesquels l’économie numérique est facilitée. Le célèbre cabinet de conseil a évalué 65 pays selon 55 critères de frictions et construit un classement selon 4 axes : infrastructure, industrie, individu, information. Plus un pays est haut dans le classement, plus il facilite le développement de l’économie numérique, et surtout plus la contribution du numérique au PIB est importante, jusqu’à 2,5 points d’écart entre les plus hauts et les plus bas. La France, 5e puissance économique mondiale, est donc 19e dans sa capacité à dégripper les rouages de l’économie numérique. Pas brillant !

Au travers de ce classement, on peut ainsi apprécier :

  • Infrastructure : la capacité d’un pays à disposer des tuyaux et points d’accès aux services en ligne, ce qu’on appelait dans le temps « les autoroutes de l’information »
  • Industrie : la capacité d’un pays à disposer des capitaux et des compétences nécessaires au développement des services en ligne par les entreprises
  • Individu : la capacité d’un pays à développer l’usage des services en ligne, en s’appuyant par exemple sur le paiement en ligne ou en assurant la sécurité des données
  • Information : la capacité d’un pays à offrir des contenus dans la langue officielle, à s’engager dans un Internet ouvert et à ouvrir l’accès aux contenus

Au-delà du classement, la lecture de ce rapport permet de prendre conscience (s’il est encore besoin de le faire), de l’importance du numérique dans l’économie d’un pays, et surtout que rien ne se fera dans notre pays sans volonté politique, et sans engagement des dirigeants des entreprises dans le développement des services en ligne et dans la transformation de leur entreprise.

Le lecteur intéressé par une vision internationale de la maturité de l’Internet trouvera un parallèle avec l’intensité de l’adoption de l’Internet (mesurée par le « BCG e-Intensity Index ») dans chaque pays. Certains pays avec de faibles frictions au développement de l’Internet et connaissant encore une faible intensité d’adoption (comme la Malaisie), verront certainement dans les années à venir une accélération de l’adoption à l’Internet.

Le rapport met en exergue l’impact de l’Internet sur les PME. Les PME utilisatrices intensives de l’Internet ayant en moyenne réalisé 7 points de croissance de revenu de plus que la moyenne. Deux facteurs contribuent à cet écart de croissance : la capacité à vendre au-delà de sa zone de chalandise régionale, et la capacité à se fournir dans d’autres régions.

Au niveau mondial, nous ne disposons que d’un seul Internet. Des économies se développent en faisant l’hypothèse qu’il en sera toujours ainsi. Or le rapport met en exergue les risques d’une fragmentation de ce réseau des réseaux, à mesure que la règlementation locale à chaque pays évolue. Restons vigilants !

Au niveau national, on a une furieuse envie de lire l’évaluation des 55 critères de frictions pour la France. Non pas pour remettre en cause le « BCG e-Friction Index », mais pour comprendre ce qui pénalise le plus notre pays dans le développement de l’économie numérique. A la clé, de précieux points de croissance qui nous font tant défaut en cette période de crise qui n’en finit pas, et des emplois.

Dans les années à venir, il sera intéressant de voir comment évolue la France dans ce classement, grâce notamment aux chantiers lancés récemment par le gouvernement, ou grâce à la loi sur le financement participatif (« crowdfunding »). Le classement lui-même évoluera probablement au gré du développement de l’Internet, par exemple avec les objets connectés. Lecture fortement recommandée aux politiques et aux décideurs en entreprise !

Assises du numérique 2013

Assises du Numérique 2013Les Assises du numérique présentaient pour leur 6e année, un agenda d’une grande richesse et des intervenants de haut niveau pour faire le point sur le numérique dans notre pays. J’ai tenté de restituer ici les éléments qui m’ont marqué de cette journée à laquelle j’ai eu le privilège d’assister. Une journée dont je garde à froid un souvenir mitigé, à la fois heureux de voir le numérique traité à bon niveau, et en même temps triste de constater le retard que la France ne cesse de prendre sur ce sujet.

Précaution de lecture : je restitue ici les points qui ont attiré mon attention en les commentant. Il s’agit plus de notes commentées que d’un véritable compte-rendu. Attention donc à ne pas considérer que tout ce que j’écrits a été prononcé par les intervenants. Certains propos sont des réflexions à chaud de ma part.

Petit préambule sur la forme de la journée : d’emblée, ça commence mal. J’arrive à trouver le hashtag (ou « mot-dièse » pour les puristes) en consultant Twitter. Quelle surprise de découvrir un underscore (« souligné bas, touche 8 sur le clavier » pour les puristes) dans ce qui doit servir de marqueur aux tweets (« courts messages publics » pour les puristes). Je sens confusément que la journée ne sera pas dense en échanges directs avec les participants et plus généralement tous ceux qui suivent cet événement. Surprise aussi en arrivant dans la salle : le programme ne mentionne ni le fameux hashtag, ni de code Wifi. Même mon smartphone ne parvient pas à capter la 3G ! Me voilà enfermé dans une salle pour la journée, condamné à écouter les intervenants sans pouvoir m’exprimer (sauf si l’on me donne le micro) et surtout sans pouvoir faire rayonner la conférence en dehors de la salle, au moment où les conférenciers s’expriment. En d’autres termes, les Assises du numérique portent bien leur nom : elles proposent de s’asseoir sur le numérique, ignorant les usages désormais courants dans les conférences de ce type. Le choc ! Pierre-Olivier Pulveric attaque la journée en expliquant que le thème de la journée est les années 20-30 ! Années où le cinéma émergeait. Mon dieu, c’est peut-être pire que ce que je pouvais craindre en arrivant !

Discours d’Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg explique à l’assistance avec sa verve habituelle, que le numérique bouleverse en profondeur toutes les industries : culture, hôtellerie, éducation, etc. Mais aussi que « Orange, numéro 8 mondial, est trop petit, tout ça à cause de l’Europe qui a provoqué la balkanisation des opérateurs télécom ». Au terme de son intervention, il me semble évident que le numérique ne peut pas souffrir le bal des politiques. Je peux comprendre que le Ministre du Redressement Productif déplore la position d’Orange au niveau mondial. Je comprends moins qu’il reproche à l’Europe d’en être la cause, dans un pays qui a libéré la concurrence des opérateurs télécom. Les politiques en charge du développement du numérique dans notre pays doivent absolument s’unir dans l’intérêt national.

Parmi les 34 plans industriels qu’il a lancés, Arnaud Montebourg précise que 10 sont consacrés au numérique. Trois exemples cités par le ministre : objets connectés, big data, cloud computing. J’entends le discours volontariste, puis au fil des mots, je ressens la lassitude de l’énumération. Quelle est la vision du numérique pour notre pays ? Puisque la journée a commencé en parlant des années 20-30, je me souviens des grands projets du Général de Gaulle dans les années 60 qui voulait par exemple l’indépendance énergétique pour la France, ou encore l’autonomie dans sa politique étrangère. Voulons-nous par exemple maîtriser notre avenir numérique en disposant de nos propres infrastructures, de nos capacités à les faire évoluer ? Voulons-nous développer le rayonnement de la France par-delà les frontière en nous appuyant sur le numérique ? Le ministre ne dit rien de tout cela. En revanche, il explique qu’il a présenté ses 34 plans au MIT, sans préciser l’accueil qu’il a reçu. Pire, je n’ai rien entendu (aurais-je mal écouté ?) sur la contribution du numérique à l’emploi, sur les filières de formation à mettre en place, sur l’aménagement du territoire rénové avec le numérique, sur le financement de cette filière, etc. Bref, je suis resté sur ma faim et ne me sens pas rassuré ni enthousiaste sur l’ambition que notre pays se donne sur le numérique, au travers des propos du ministre.

Table ronde sur les usages animée par Olivier Ezratty (@olivez)

Quatre intervenants pour cette table ronde, intervenants présentés rapidement par Olivier Ezratty (je renvois le lecteur au site de la conférence pour une présentation plus détaillée) :

  • Laurence Allard, ethnologue qui s’intéresse au foyer, socio-ethnographe des usages
  • Philippe Portelli, s’intéresse à l’éducation
  • Isabelle Flory, s’intéresse à la transformation des entreprises
  • Benoit Thieulin, président du CNN, poil à gratter du gouvernement sur le numérique

Les intervenants commencent d’abord par rappeler l’enjeu de se départir d’une vision générationnelle et d’un rythme effréné du numérique. Le mythe de la génération Y a pourtant la vie dure. Quant au rythme d’innovation, il s’impose par la rapidité d’adoption des usages.

Au sein des entreprises, l’adoption du numérique peut être favorisée par des méthodes de management. On constate que le DSI n’a désormais plus le monopole du numérique. La transmission du savoir change le rapport au pouvoir, et pourtant les hiérarchies perdurent.

Au-delà de l’adoption d’usages, du développement de technologies, le numérique est surtout porteur de valeurs. La révolution numérique en cours est probablement aussi importante que celle du passage de l’oral à l’écrit (voir à ce sujet l’excellent Petite Poucette de Michel Serres).

Table ronde sur les Fab Lab animée par Pascal Minguet

Deux intervenants pour cette table ronde :

  • Daniel Kaplan, DG de la FING
  • Jean-Michel Molenaar, directeur du Fab Lab de Grenoble

Les Fab Lab forment un réseau mondial de fabrication numérique, ouverts à tout le monde, dans lequel on peut tout fabriquer.

On considère qu’il y a une vingtaine de Fab Lab ouverts en France, 156 projets qui ont répondu à l’appel à projet lancé par Fleur Pellerin. A l’échelle mondiale, on reproche à la France d’être trop peu interconnectée.

Cette table ronde m’a inspiré plusieurs questions. Comment les Fab Lab sont-ils financés ? Sont-ils des centres d’innovation ? Comment les industriels peuvent-ils développer à grande échelle les produits fabriqués dans un Fab Lab ? L’exemple des prothèses de bras est à ce titre impressionnant : chaque prothèse étant unique, aucun industriel n’a pu être trouvé et les Fab Lab sont là pour prendre le relais.

Table ronde sur le Cloud Computing animée Frédéric Simottel

Cinq intervenants :

  • Patrick Starck, Président de CloudWatt
  • Philippe Tavernier, PDG de Numergy
  • Hervé Rolland, DG Délégué d’IBM France
  • Emmanuel Mouquet, VP et DG de Dell France
  • Daniel Coetsier, VP Global Services Partners de EMC

Lors de cette table ronde, le cloud computing est présenté comme un facilitateur de la transformation numérique des entreprises. Un moyen de tester de nouveaux services, de nouveaux usages, sans changer fondamentalement la culture de l’entreprise. Sur le plan du financement des entreprises, il est à noter que les startups utilisent le cloud pour éviter de mobiliser des capitaux pour son informatique.

Les intervenants ont rappelé les trois grandes priorités  d’un chef d’entreprise : la Top line (compétitivité), la bottom line (performance opérationnelle), le risque (concurrence). Le cloud computing s’adresse à chacune de ces trois priorités. Il s’agit donc moins de « computing » au sens informatique technique du terme, mais bien de répondre aux grands enjeux de l’entreprise, au service de son développement.

En France, les discussions sur le cloud commencent par « comment réduire les coûts ? », dans les pays anglo-saxons elles commencent par « comment créer de la valeur ? ». Question de philosophie, de culture, d’acceptation du droit à l’erreur, de l’essai. Dans un pays sclérosé par des rigidités sociales et fiscales, comment changer en profondeur nos réflexes ?

Exemple d’une PME de 170 millions de chiffre d’affaires en province, pour accompagner sa croissance externe qui veut se concentrer sur le développement de son business, et non sur les migrations informatiques.

80 à 90% des budgets informatiques des clients de Dell sont consacrés à la maintenance. Seuls 10% des budgets informatiques sont consacrés à la maintenance. Le cloud computing vise justement à rééquilibrer l’équation budgétaire informatique au service de la création de valeur.

Exemple de booking.com (qui s’appuie sûrement sur une coud, je n’ai pas vérifié) qui a bouleversé le marché de l’hôtellerie en grignotant les marges des hôteliers. Une mutation en profondeur d’une industrie, accélérée par l’utilisation d’une infrastructure informatique disponible dans le cloud. A grande échelle, c’est une part importante de la valeur de l’industrie hôtelière qui est captée par booking.com, acteur qui opère en dehors de notre territoire… et donc ne contribue pas autant que les acteurs locaux aux finances publiques au travers de l’impôt.

Pour le DSI, le cloud computing est une opportunité de changer son rapport avec ses clients internes, en se positionnant sur des problématiques métier. Un changement de posture qui nécessitera de revoir l’organisation des priorités du DSI et s’accompagnent d’une réorganisation de ses équipes et des compétences qui composent sa direction. Une mutation du rôle du DSI vers un rôle de CDO (Chief Digital Officer).

Au terme de cette table ronde, on a clairement le sentiment que le cloud computing peut convaincre le dirigeant d’entreprise, mais sera craint par le DSI qui le verra comme un concurrent amené à réduire ses budgets et ses équipes. A grande échelle, une adoption massive du cloud computing pose la question de la conversion des milliers d’informaticiens embauchés par les entreprises. Un fort enjeu pour les DRH, amenés à revisiter les filières métier des informaticiens. Un fort enjeu pour l’entreprise qui doit se mettre en mouvement et se transformer pour réaliser une vision d’une entreprise dans un monde digital.

Table ronde sur l’Open Data animée par Mehdi Benchoufi

Deux intervenants :

  • Henri Verdier, directeur Etalab
  • Jean-Marc Lazard, fondateur OpenDataSoft

Quatre dimensions clés de l’Open Data : transparence de l’action publique, modernisation de l’action publique (ex : Open Street Map), stimulation de l’innovation au sein de l’Etat, souveraineté nationale.

Exemple de l’agence de développement touristique des Alpes de Haute Provence qui utilise l’Open Data pour repenser son système d’information, casser les barrières public-privé, ouvrir l’accès aux données à des acteurs extérieurs et ainsi créer de la valeur pour le tourisme tout en réduisant les coûts.

L’Open Data Index classe la France en retrait (16e place). Et comme souvent lorsque la France est mal classée, on remet en cause le baromètre. La question me semble plutôt être de savoir si le baromètre est gouverné de manière transparente et permet de mesurer un progrès au service des citoyens.

Au final, l’enjeu majeur de l’Open Data en France nécessite de passer d’une culture du process à une culture de la donnée. Le nouveau portail Open Data de la France qui sera lancé le 18 décembre, sera peut-être porteur de cet enjeu.

Table ronde sur le Big Data animée par Mehdi Benchoufi

Intervenants :

  • Marielle Gallo, députée européenne
  • Edouard Geffray, secrétaire général de la CNIL
  • Gérald Salord, avocate

Le Big Data, un des 34 chantiers industriels lancés par le gouvernement, pose la question de concepts fondamentaux de la loi informatique et libertés, notamment par exemple sur la notion de finalité des données. Pour se développer, cadre juridique et confiance sont nécessaires.

Un règlement européen est en cours de vote sur le sujet du Big Data. En tant que règlement, il s’appliquera immédiatement aux 28 états membres.

Fondamentalement, la question est celle de la transparence sur l’exploitation des données et des traces personnelles. La sécurité et la confidentialité des données personnelles est également fondamentale, dans un souci de protection de l’individu. Ces questions pouvant être traitées dès la conception des services numériques (« privacy by design »).

Le cadre règlementaire qui régit le Big Data est au final un équilibre à trouver entre confiance (des individus, envers les entreprises) et création des conditions favorables à l’innovation. Un cadre règlementaire mouvant que les entreprises et les collectivités doivent suivre avec attention.

Intervention de Richard Viel sur le THD sur mobile

Pour le DG délégué des opérations commerciales de Bouygues Télécom, le Très Haut Débit sur mobile repose sur la technologie LTE (Long Term Evolution), disponible sur toutes les bandes de fréquences. Cette technologie est en cours de déploiement rapide, la France rattrapant son retard avec déjà 40% de la population couverte (63% du territoire). Une offre de terminaux est déjà disponible sur le marché, pour la plupart supportant un débit de 100Mbits/s, certains allant jusqu’à 200Mbits/s.

Une fois que les fondamentaux (technologie, réseau, terminaux) sont disponibles, les contenus peuvent être proposés pour développer les usages. Premier des contenus : la vidéo. En ascendant, la technologie LTE offre des débits de 10 à 20Mbits/s, rendant possible par exemple le développement du cloud computing, du jeu en ligne.

Une nouvelle technologie qui apporte une rupture aussi majeure que le mobile il y a 20 ans.

Table ronde sur la fiscalité numérique animée par Guillaume Buffet

Intervenants :

  • Marc Teissier, administrateur Vidéo Futur, membre du CNN
  • Christophe Leblanc, responsable des affaires publiques, Solocal
  • Marine Pouyat, commission juridique, FEVAD
  • Grégory Abatte, Président BEPS, OCDE
  • George Karam, Président GITEP et Sequans

L’OCDE a lancé le projet BEPS (Base Erosion & Profit Shifting) qui vise à refonder les bases de la fiscalité. Pour l’industrie numérique, ce projet donnera ses conclusions en septembre 2014 (un an après pour les autres industries). Les contributions des entreprises sont les bienvenues !

Le Conseil National du Numérique (CNN) souhaite que la France soit première en numérique et dernière en fiscalité du numérique, et non première en fiscalité du numérique et dernière en numérique.

Pour Solocal, le rapport du World Economic Forum plaçait la France au 23e rang mondial de l’investissement numérique. Médiamétrie soulignait un retard d’adoption du numérique par les cadres dirigeants. La fiscalité qui grève les entreprises est fortement pénalisante pour le développement de l’innovation, consubstantielle au numérique. Les dispositifs de soutien au numérique sont inadaptés. Parmi les 40 millions d’euros d’investissement de Solocal dans la recherche, seuls 5% ont éligibles au CIR (Crédit Impôt Recherche). Le CICE, plafonné à 2,5% du SMIC, ne s’applique pas au numérique, secteur dont les emplois sont mieux rémunérés.

Dans une logique de développement de société, l’optimisation fiscale est naturelle dans un monde où les logiques fiscales ne sont pas homogènes.

Pour la FEVAD (580 adhérents, représentant 130 000 sites marchands), la réflexion sur la fiscalité du numérique est forcément à l’échelle mondiale, le numérique étant mondial.

Pour illustrer le déséquilibre des règles fiscales dont bénéficient certaines acteurs du numérique, un intervenant mentionnent que les GAFAM ne paient quasiment pas d’impôts : avec 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ils paient en France 40 millions d’euros d’impôts, soit 0,5%.

Une belle table ronde, sur un sujet complexe que les intervenants ont su aborder avec pédagogie. Dommage qu’Arnaud Montebourg ne soit pas resté !

Intervention de Gabrielle Gauthey sur le rapport Gallois

En deux mots : le choc de confiance préconisé par le rapport Gallois remis il y 13 mois, est loin d’avoir produit les effets escomptés. Le MEDEF constate le retard pris par la France par rapport aux autres pays de l’OCDE et propose de nouvelles mesures permettant de rattraper notre retard dans le développement du numérique.

Table ronde sur le Très Haut Débit animée par Stéphane Lelux

Intervenants :

  • Marc Charriere, VP affaires publiques Alcatel-Lucent
  • Pierre Camani, Sénateur
  • Romain Bonenfant, ARCEP
  • Antoine Darodes, mission Très Haut Débit du gouvernement
  • Pierre Jandet, DATAR
  • Jean-François Bureau, affaires institutionnelles Eutelsat

Le déploiement du très haut débit dans les territoires a bien avancé et beaucoup de projets sont en préparation selon Pierre Jandet de la DATAR. Curieusement aucun taux de couverture n’est communiqué.

Risque de fracture numérique : une part significative de la population accède à l’ADL à 3 ou 4 Mbits/s. 40% de la population n’est pas couverte par la FTTH (fibre).

Dans le Lot et Garonne, 60% de la population n’est pas couverte en haut débit par les opérateurs privés.

Selon l’ARCEP, 2,7 millions de prises FTTH sont installées, à comparer aux 31 millions de paires de cuivre. On est donc encore loin d’un déploiement massif du très haut débit, malgré une croissance rapide de 40% cette année.

49 départements ont déjà sollicité 1,2 milliards de subventions sur les 3,3 milliards du plan France Très Haut Débit. Ces subventions complètent les 500 millions d’euros investis par les opérateurs privés. Trois chantiers à venir : consolider l’environnement industriel, soutenir les collectivités, développer les usages.

L’infrastructure numérique du haut débit actuel a été financée dans les années 70. C’est sur ce patrimoine que reposent les services à valeur ajoutée que nous utilisons aujourd’hui. L’infrastructure du Très Haut Débit vise à doter la France d’un socle sur lequel s’appuieront les services numériques de proximité de demain.

Une table ronde plutôt technique et qui rappelle que l’économie numérique ne peut exister que grâce aux réseaux télécom.

Intervention de Stéphane Keita (CDC)

La Caisse des Dépôts et Consignation intervient au cœur du triptyque infrastructure, services et usages, à la fois en financement et en accompagnement des acteurs concernés.

En quoi le numérique peut-il aider à rendre notre système éducatif plus efficace ? Voir le rapport Pisa, publié le matin même, et qui montre qu’il est urgent d’investir.

Il y a urgence à développer la culture du numérique dans notre pays et à contribuer à la formation de tous, tout au long de la vie.

Table ronde sur la culture numérique animée par Rost

Intervenants :

  • Anne Pican, directrice figaroscope.fr, TVMag.com et Evene.fr
  • Alban de Nervaux, RMN Grand Palais
  • Jean-Paul Delahaye, culture Culturonomics
  • Patrick Bezier, DG Audiens
  • Mehdi Tayoubi, VP Digital et Experimental Strategy, Dassault Systems

Patrick Bézier insiste sur la nécessité de développer un cadre permettant aux salariés du numérique de travailler et de s’épanouir, alors que beaucoup sont dans des situations précaires sous des statuts variés (auto-entrepreneurs, freelance, intermittents, etc).

Dassault Systèmes s’est posé la question du sens de ce qu’elle produit (des logiciels de modélisation 3D) et a choisi d’utiliser la culture comme levier de rénovation de l’image de marque de l’éditeur, en s’appuyant sur le digital. La culture devient un facteur de différenciation pour cette entreprise B2B.

Le Grand Palais a pu constater que la numérisation des œuvres augmente les visites dans les musées. 90% des visiteurs visitent le site avant de venir au Grand Palais. 75% des visiteurs ont des smartphones. Plus de 100 000 fans Facebook, sollicités pour tester les visuels des expositions par exemple. En aval de la visite, le Grand Palais vend des publications numériques de ses collections, plus seulement de même forme que la version physique. Par exemple le catalogue de l’exposition Hopper (vendu 45€) a fait l’objet d’une déclinaison numérique (vendue 4€) achetée à 15 000 exemplaires, soit 4 fois moins que la version papier. La question étant de savoir si cette application valait le coût d’être développée, s’il y a un recouvrement entre les achats papiers et numériques, et si cette première tentative augure d’un développement à venir favorable au numérique.

Une table ronde rafraîchissante, animée de manière inhabituelle par un Rost en pleine forme.

Interview de Françoise Mercadal Delasalles

Au sein de la Société Générale, Françoise Mercadal Delasalles est directrice des Ressources et de l’Innovation, une direction qui regroupe Informatique, immobilier achat et innovation. Cette direction a été créée suite à l’affaire Kerviel, dans l’esprit de mettre en place une nouvelle gouvernance axée sur la co-construction et une organisation horizontale.

La réflexion sur la position de la banque vis-à-vis du cloud a été menée avec l’ensemble des DSI Groupe. Ce qui a amené à prendre conscience que les 18 000 informaticiens internes avaient la capacité à développer un cloud propriétaire plus efficace pour servir les métiers de la banque qu’un cloud du marché.

Comment mobiliser le top management sur le sujet de la digitalisation ? Choix d’animer un débat sur le réseau social d’entreprise, auquel 3 000 collaborateurs étaient inscrits, sur la question « qu’est-ce qu’une banque digitale ? ». En quelques mois, plus de 27 000 collaborateurs ont rejoint le réseau social d’entreprise et se sont exprimés sur cette question. La mobilisation massive des collaborateurs a aidé le top management à prendre conscience de l’importance du sujet.

Désormais, l’enjeu est maintenant d’exploiter cette richesse des idées qui circulent sur les plateformes internes et externes à l’entreprise pour créer de la valeur dans un environnement de processus industriels.

Intervention de Gilles Babinet

La société civile doit être mieux considérée par la société française.

Enjeux régaliens de notre société : santé, efficacité de l’Etat, modernisation de l’outil productif.

Santé (280 milliards d’euros de dépenses), 80 milliards de dépenses en médicaments, souvent surdosés. L’historisation du dossier médical a déjà montré dans certains pays une amélioration du protocole de santé

Efficacité de l’état : le numérique peut y contribuer de manière considérable (e-administration, Open Data, etc).

Modernisation de l’outil productif : une part importante de la valeur de l’entreprise fuit dans les données.

Conclusion

Sur le fond, une journée dense sur le thème de la libération de la croissance, montrant à quel point le numérique est un enjeu majeur de développement pour notre pays. J’ai été surpris que la gouvernance d’Internet, l’aménagement du territoire ou encore l’emploi, soient finalement peu voire pas abordés au cours des tables rondes et des key notes.

Sur la forme, je déplore une animation trop classique pour une conférence consacrée au numérique. A titre d’illustration le hashtag #adn_2013 a été donné à 11h10, soit plus de 2 heures après le début de la conférence, alors que de toute façon aucun Wifi n’était disponible dans la salle et la 3G inaccessible. Dommage.

[Truc digital du jour] Le digital fait son entrée au conseil d’administration

Administrateur digitalLe digital change profondément les entreprises. Il présente de nouvelles opportunités de développement (ex : Internet des objets) et s’accompagne de nouveaux risques (ex : cybercriminalité). La présence de compétences digitales au plus haut niveau de l’entreprise est devenue une nécessité. Mais comment évaluer la pertinence des orientations stratégiques et opérationnelles si les organes de gouvernance en place ne détiennent pas les compétences nécessaires ?

Raison pour laquelle les conseils d’administration des entreprises recrutent des experts du digital. Leaders reconnus dans leur domaine, fins connaisseurs des nouveaux modèles économiques rendus possibles grâce aux technologies, ils ont à imposer leur voix dans l’évaluation des orientations de l’entreprise.

Dans son Trend Talk | Digital Expertise in the Boardroom, CTPartners donne l’exemple de Monte Ford, ancien DSI d’American Airlines et directeur d’Akamai, entré au comité de direction d’hôpitaux. Il ne s’agit que d’un seul exemple, pris aux Etats-Unis, plus en avance que la France sur la transformation digitale des entreprises. Je n’ai pas connaissance d’un conseil d’administration d’une entreprise française ayant recruté un administrateur spécialisé sur le digital. Comment font donc les conseils d’administration pour rassurer les actionnaires sur la stratégie digitale des entreprises qu’ils contrôlent ?

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Les données au cœur des questions de gouvernance et de liberté

dataprotectionQue valent nos données publiées sur Internet ? Quels produits et services numériques offriront des emplois demain en France et en Europe ? Quelles politiques mener pour en favoriser le développement chez nous ? Derrière toutes ces questions se cachent la problématique complexe et fondamentale de gouvernance et de liberté sur Internet. Une problématique qui ne fait pas la une des journaux, n’attire pas les people, ne fait pas le buzz et qui pourtant décide du futur de l’Internet.

Le groupe DSI-Web de Telecom ParisTech avec CREIS-Terminal proposaient mardi 4 juin 2013 une matinée d’échange sur ce thème ardu. Un débat animé par David Fayon (@fayon) réunissant quatre intervenants de haut niveau. L’occasion de mieux comprendre les jeux de pouvoirs qui régissent actuellement l’Internet, sur le plan économique et politique. L’occasion aussi de jeter les bases d’un nouvel équilibre au niveau mondial en indiquant à l’Europe et en particulier à la France, des pistes de développement de produits et services numériques au service de l’emploi et d’un mieux-vivre ensemble.

Introduction

Pour camper le décor, David Fayon, auteur de « Géopolitique d’Internet »,  a notamment indiqué que la France est dans le Top 20 des pays qui censurent le plus Internet.  Il a par ailleurs mis en perspective le jeu de pouvoir des acteurs en présence :

  • Les entreprises : elles donnent de la valeur aux données, certains acteurs (les « GAFA » : Google, Apple, Facebook, Amazon) présentant des croissances à deux chiffres, en générant suffisamment de cash pour financer leur croissance externe
  • Les internautes : à la fois consommacteurs et consommauteurs, ils fournissent gratuitement leurs données en échange de services
  • Les associations et organismes : ils assurent plus ou moins dans l’ombre la régulation et la standardisation nécessaires au développement des services en ligne

Quelle valeur pour nos données publiées ?

Kavé Salamatian (@kavesalamatian), de l’université de Savoie pose la question de la valeur de données : vers où la main invisible du marché pousse-t-elle nos données, ou pourquoi nous ne savons pas évaluer la valeur de nos informations ? Pour y répondre, il a commencé par revenir aux fondamentaux de l’économie, science de l’étude du partage des ressources rares ayant des usages alternatifs (selon Lionel Robbins), à savoir ressources que des utilisateurs alternatifs peuvent transformer. Dans cette définition le prix est la variable d’équilibre du système. L’intérêt pour un utilisateur d’acheter un produit, est fonction de l’utilité du produit. L’ensemble étant à l’équilibre Pareto optimal comme démontré par le théorème d’Arrow-Debreu. Voilà pour la théorie classique.

Mais l’Internet est un environnement avec peu de régulation et à forte concurrence. L’économie des données sur Internet est-elle un cas particulier de la théorie économique classique ? En d’autres termes, les données qui y circulent sont-elles des produits comme les autres ? C’est ainsi que par exemple, le rapport Collin et Colin essaie de faire coller l’Internet dans le cadre économique connu (notamment la fiscalité). Dit différemment, l’économie des données colle-t-elle à la définition classique de l’économie ?

  • Premier problème : l’information ne suit pas la loi de conservation de la thermodynamique. Un effort est nécessaire pour la fabriquer. En revanche un effort de coût marginal est nécessaire pour la reproduire.
  • Deuxième problème : dans la théorie classique, on fait l’hypothèse que la valeur ajoutée d’un produit est déterministe. Par exemple : la valeur ajoutée maximale produite à partir d’un kilo de minerai de fer, est connue. A contrario il est impossible d’évaluer a priori la valeur ajoutée maximale produite à partir d’une information. Par exemple, quelle valeur peut-on imaginer produire à partir d’une information de 128 bits ? On peut considérer qu’elle est négligeable, mais si ces 128 bits sont une clé d’encryptage d’un coffre-fort, leur valeur est conséquente. Corolaire : on ne peut pas évaluer la valeur d’une entreprise .com. Question complémentaire : quelle est la valeur d’une donnée privée ?

Ces deux problèmes invitent à proposer une nouvelle théorie de la micro-économie selon trois visions possibles :

  • Vision du trader : la valeur de l’information est celle de l’argent que peut gagner quelqu’un qui la connait. Problème de cette définition : on ne connait la valeur de l’information qu’a posteriori.
  • Vision de la thermodynamique : la valeur de l’information est celle du prix de l’énergie nécessaire pour la produire. Même problème que pour la vision du trader.
  • Vision du marché : la valeur de l’information n’existe pas, seul l’échange sur un marché d’information a de la valeur. Dans cette approche, par exemple Facebook est un marché dans lequel les individus et les sociétés échangent des informations.

Sans surprise, la vision du marché apparaît donc comme la plus adaptée à servir de base à une nouvelle théorie de la micro-économie. Sur cette base, parler de gouvernance des données, c’est parler de la gouvernance de ce marché de l’échange de l’information. Marché apparu avec l’émergence des réseaux. Ce qui amène à se demander : qu’est-ce qu’un réseau ?

  • Un réseau de transport, permet de transporter des produits, et aussi de transporter des informations,
  • Un réseau informatique permet de transporter de l’information, en revanche il ne transporte pas de produit.

Un réseau consiste ainsi en un ensemble d’éléments distribués qui coopèrent pour échanger de l’information. Ce qui amène à se pencher sur la notion de coopération :

  • Coopération totale non égoïste, dans le but d’optimiser un objectif global,
  • Coopération non coopérative, dans le but d’une optimisation d’un objectif personnel,
  • Coopération malicieuse, dans le but de désinformer certains acteurs au profit d’un seul.

Dans ce marché d’échange d’informations, la gestion de la vie privée s’appuyant sur des règles strictes de gestion des données privées, revient à réduire le potentiel économique du marché. C’est donc avec prudence qu’il convient de légiférer dans le souci de la protection des intérêts des citoyens.

La réflexion de Kavé Salamatian sur la valeur de nos données publiées sur Internet l’amène ainsi à constater l’émergence d’une nouvelle science issue des problématiques spécifiques posées par Internet, nouvelle science fortement multi-disciplinaire permettant d’apprécier notamment les dimensions économiques, juridiques et politiques du numérique. Nouvelle science dont la multi-disciplinarité se heurte aux barrières institutionnelles entre disciplines. Une autre manière de prendre conscience du décloisonnement que suppose le numérique.

Quelle économie de l’Internet en Europe ?

Bernard Benhamou (@BernardBenhamou), délégué aux usages Internet a ensuite exposé les atouts dont l’Europe dispose pour reprendre les positions qu’elle mérite sur l’Internet. Positions à conquérir en tenant compte des perspectives de développement de l’Internet mobile et de l’Internet des objets.

Quelques chiffres pour aider le lecteur à prendre conscience de l’Internet mobile :

  • 50% des Français utilisent un mobile
  • 15% de l’Internet transite sur mobile
  • 2,3 milliards de mobinautes dans le monde

Jusqu’ici les informations qui transitaient sur les réseaux étaient produites par des humains. Désormais ce sont de plus en plus des machines qui produisent les informations à partir de capteurs de toutes sortes. Par exemple : la Ford Fusion génère avec ses 800 capteurs 20 Giga de données par heure de conduite. Autant de données susceptibles de circuler sur le réseau et d’être exploitées par des services à valeur ajoutée.

La plupart des secteurs industriels sont impactés par la distribution d’informations facilitée par Internet. On peut même dire qu’« il n’y a plus de secteur qui ne soit pas transformé en son cœur avec les technologies de l’Internet » : transport, agriculture, santé, culture, etc. C’est ainsi que la structuration pyramidale du réseau d’énergie est profondément remise en cause. Par exemple, Google est devenu un broker d’énergie aux Etats-Unis en vendant son savoir-faire dans le refroidissement de l’énergie. Autre exemple dans le secteur de la santé avec Scanadu, société de production de produits d’analyse médicale pour le particulier. Diffusés à grande échelle, ce type de produits modifiera en profondeur l’offre de santé.

Cependant, aucun acteur européen de taille mondiale n’existe aujourd’hui dans l’industrie des services de l’Internet. Or, l’économie des objets connectés représente une formidable opportunité pour les Européens. Ils ont les moyens de créer de nouveaux services, en s’appuyant sur un savoir-faire technologique reconnu comme l’ont déjà montré Parrot et WiThings.

Les objets connectés posent cependant un problème : ils projettent le fantasme de Big Brother. Le risque lié à l’exploitation des données privées doit donc s’accompagner à un droit nouveau : le droit au silence des puces, proposé par la France dès 2008.

Qui plus est, la puce RFID est inusable (pas de pièce mobile ni de source d’énergie interne), réagissant à un champ électromagnétique, pouvant perdurer sur 3 à 4 générations d’utilisateurs, même si elle est cachée.

Eric Schmidt, président du board de Google, commence même à changer de discours, prenant conscience qu’il y a des limites dans l’exploitation des données privées. Qui mieux que les Européens, qui ont perçu très tôt la nécessité de légiférer, pour développer les conditions de la confiance dans l’Internet ?

L’enjeu fondamental est donc de développer une gouvernance de l’Internet dans lequel l’utilisateur est souverain. De nouvelles formes de gouvernance à inventer qui doivent être régionales et non nationales.

Pour bien prendre conscience de l’importance de l’enjeu, Bernard Benhamou cite CityBank qui a dimensionné l’économie de l’Internet, à un sixième de l’économie mondiale. L’enjeu de gouvernance s’accompagne donc d’un enjeu économique majeur pour faire en sorte que nos sociétés continuent de fonctionner selon des principes et valeurs qui sont les nôtres.

Ces enjeux soulèvent bien-sûr des enjeux politiques. On note par exemple l’émergence de mouvements qui s’opposent à la numérisation tel que le collectif des 451 qui s’oppose à la numérisation du livre, des agriculteurs qui s’opposent au puçage des bêtes et dont les subventions vont être accordées sous condition de puçage, des étudiants qui refusent le savoir digital, etc. Enjeux politiques à l’étude depuis une éternité à l’échelle de l’Internet, comme le montre le rapport « Des pyramides de pouvoir aux réseaux de savoir » du sénateur René Trégouët publié en 1997 et dont Bernard Benhamou recommande la lecture. Plus récemment, et avec l’augmentation des capacités de collecte et d’analyse des données, les scientifiques du MIT ont aussi mis en garde sur les conséquences du Big Data en matière de vie privée. Mise en garde qui conduit à promouvoir le « privacy by design », mouvement qui prône de concevoir des produits et services dont l’ergonomie permet au citoyen de contrôler les données privées qui y sont stockées. Ce qui nécessite d’agir en amont du déploiement d’une technologie, sous peine d’être dans l’incapacité de la modifier, lorsqu’elle devient une technologie de masse.

Quelle valorisation des données publiques ?

Romain Lacombe (@rlacombe_fr), chargé de l’innovation et du développement, a ensuite présenté la mission Etalab d’ouverture et partage des données publiques. En effet, le secteur public n’est pas épargné par la transformation en profondeur provoquée par l’Internet. Comme le secteur économique, le secteur public est confronté à deux phénomènes majeurs :

  • Un changement technologique majeur avec l’omniprésence d’Internet,
  • De nouvelles attentes des citoyens sensibles à la transparence et à l’accessibilité des services.

Sur le plan politique (au sens ancien de l’organisation de la citée), la transparence totale du citoyen, est la définition même d’un système totalitaire. A l’inverse, la transparence de l’Etat pour le citoyen, est la définition d’un système démocratique. C’est dans cet esprit que l’on observe une explosion de l’usage des mots transparency, accountability, empowerment, reflet d’une préoccupation des citoyens sur ces thématiques.

Le désir de transparence s’exprime aussi vis-à-vis des hommes politiques. C’est ainsi que le véritomètre est né : un service de fact checking permettant de vérifier en temps-réel la vérité des informations des politiques pendant la campagne présidentielle 2012.

Cette transparence peut aussi s’exercer sur la fonction publique, productrice de quantités considérables de données utiles à l’exploitation des services publics. Certaines de ces données publiques commencent à être mises à disposition par l’Etat : accidents de la circulation, usage du réseau de transport, du réseau de l’énergie, conditions sanitaires des restaurants (par exemple à Manhattan), etc.

Ouvrir les données de fonctionnement de l’Etat, c’est permettre l’émergence d’entreprises innovantes telles que homengo. Le site data.gouv.fr recense ainsi tous les jeux de données mis à disposition par les services de l’Etat. Les développeurs de services s’appuyant sur ces données sont réunis au sein de la communauté de l’innovation dataconnexions (marque à laquelle l’Etat pourrait se voir contraindre de renoncer). Enfin au niveau mondial, les initiatives Open Data sont suivies par l’Open Government Partnership.

Donner accès aux données publiques entraine cependant des conséquences juridiques. Ainsi, l’état sanitaire erroné d’un restaurant, rendu publique, peut entrainer sa faillite. Sa défense pouvant nécessiter la mobilisation d’experts, forts coûteux. Cependant le fait qu’elle soit publique permet de corriger l’erreur à la source. La jurisprudence de la transparence des données reste donc à créer, la bonne nouvelle étant que des dispositifs de contrôle des données publiques sont désormais possibles.

Quelle gouvernance du réseau Internet ?

Chantal Lebrument, présidente Eurolinc, directrice Savoir-Faire, éditrice du produit open-root, a enfin pris la parole pour exposer le dessous des cartes de l’Internet en expliquant le fonctionnement de l’Icann.

L’Internet, que chacun considère comme mondial est en réalité un Internet américain. L’agenda de Tunis de l’IGF (Internet Government Forum) propose ainsi que l’Internet prenne en compte le multilinguisme, la régionalisation, et une coopération renforcée entre les états.

Les mécanismes sous-jacents à la gestion du réseau Internet restent obscurs pour la grande majorité des utilisateurs et des entreprises. Ils sont pourtant essentiels à l’économie numérique. Rares sont ceux qui peuvent comprendre que .ku est une racine ouverte opérée par Open-Root et non par l’Icann. La maîtrise fine des jeux de pouvoirs qui gouvernent l’Internet doivent ainsi être mieux compris par nos dirigeants, afin de défendre nos intérêts.

Conclusion

CREIS-Terminal et le groupe DSI-Web de Telecom ParisTech ont proposé là un bel événement qui gagnerait à plus de visibilité. Au-delà des supports de présentation, un podcast des interventions serait le bienvenu. Ce qui semble compromit dans la mesure où, sauf erreur de ma part, aucun dispositif de captation vidéo n’était déployé dans la salle. Par ailleurs, j’ai été surpris de constater que seuls David et moi-même relayions l’événement en direct sur Twitter. Le public de ce type d’événement serait-il rebelle au « live tweet » ? A moins que, inquiet de l’utilisation qui peut être faite de ses données personnelles publiées sur Internet, il s’en tienne au silence numérique ?

Au-delà de ces considérations sur le marketing de l’événement, les sujets abordés méritent attention et réflexion au plus haut niveau des entreprises et administrations. Les enjeux sont considérables et la France ne peut pas se permettre le luxe de ne pas les adresser au niveau qu’ils méritent. Des questions restent ouvertes :

  • Qui est propriétaire de nos données ?
  • La notion de propriété des données a-t-elle encore un sens ?
  • Quels sont les freins culturels des européens (et en particulier des Français) au développement des nouveaux services autour des objets connectés ?
  • Sur le plan économique, les objets connectés et l’open data sont-ils des gisements d’emploi, de réduction des coûts de l’action publique ?

e-G8 Forum : deux jours pour nourrir les discussions des chefs d’Etat sur Internet

J’ai eu la chance d’assister aux conférences du e-G8 Forum, les 24 et 25 mai 2011. Ce forum, organisé en amont de la réunion du G8 à Deauville, visait à nourrir les débats des chefs d’Etat du G8 au sujet de l’Internet. Première initiative du genre, le e-G8 Forum témoigne de l’importance que revêt aujourd’hui Internet dans nos économies et nos sociétés.

e-G8 Forum, 24 mai 2011, Nicolas Sarkozy

Le président de la République Nicolas Sarkozy, a proposé une vision enthousiasmante du devenir de l’Internet, et surtout de sa prise en compte au plus haut niveau des instances représentatives de l’intérêt général dans le monde. En tant que président du G8 (la France préside actuellement cette instance), Nicolas Sarkozy offre aux acteurs de l’Internet une écoute de la part des chefs d’Etat des plus grands pays industrialisés. J’ai noté en particulier la posture modeste du chef de l’Etat, reconnaissant avoir à apprendre des acteurs de l’Internet pour préparer l’avenir et favoriser la croissance et l’innovation permise par Internet, et de recommander « ne doutez pas de la révolution en marche ».

e-G8 Forum, 24 mai 2011, Ben Verwaayen et Christine Lagarde

Les tables rondes qui se sont succédées en séances plénières ont été l’occasion de voir débattre les représentants de grands acteurs de l’Internet. Principalement de grandes sociétés telles que Facebook, Google, Orange, Iliad, Vente Privée, Universal Music, mais aussi quelques représentants du monde politique (Christine Lagarde, Frédéric Mittérand et Eric Besson par exemple). On peut déplorer l’absence de représentants issus du tissus économique qui ne sont pas des pure players de l’Internet, ou encore issus du monde de l’éducation, de la culture ou de la société civile (des gens comme vous et moi, simples utilisateurs de services en ligne).

Parmi les intervenants, j’ai noté pêle-mêle quelques points de vue qui ont attiré mon attention. Le détail des interventions étant disponible sur le site Web du e-G8 Forum, il ne me paraît pas pertinent ici d’en dresser un compte-rendu détaillé (de toute façon je n’en aurais pas le temps !), mais plutôt d’insister sur les faits marquants. Ainsi, Sheryl Sandberg (DG Google) considère les médias sociaux comme un moyen de rapprocher les gens et de leur permettre d’accroître leur influence. Andrew Mason (fondateur de Groupon) fait remarquer que 95% du commerce a lieu off line et c’est précisément où Groupon se trouve. Stéphane Richard (PDG Orange) remarque que sans réseau, pas de success story Web. Et il ajoute que la croissance du trafic data est de 5% par semaine à Paris, ce qui incite à réfléchir au risque d’effondrement du réseau et donc au partage des investissements sur les infrastructures réseau (actuellement portés par les opérateurs) ainsi qu’à la distribution des revenus de l’Internet.

 e-G8 Forum, 25 mai 2011, Maurice Lévy et Marc Zuckerberg

Au sujet de la neutralité du Net qui a fait couler beaucoup d’encre (et d’octets !) ces derniers mois, Stéphane Richard recommandait de ne pas limiter le débat aux seuls réseaux et de l’étendre aux éditeurs de services. Sans le nommer, il donnait ainsi l’exemple d’ Apple qui sélectionne les applications éligibles à l’App Store. Au sujet de l’éduction, le professeur Klaus Schwab soulignait que dans l’avenir, l’éducation continue deviendra déterminante, et contribuera au développement de l’utilisation de la vidéo en ligne. J’en arrive même à penser que nous avons besoin d’une éducation disruptive, technologique, sociale, et impliquant la responsabilité des parents et enseignants.

Au bilan de ces deux jours de conférences (je n’ai pas pu assister aux débats du 25 mai matin), je note plusieurs points positifs :

  • Une réelle prise de conscience des pouvoirs publics : évoquer le développement de l’Internet au G8, c’est bien sûr prendre le risque d’une récupération politique, mais c’est aussi saisir l’opportunité d’une accélération au profit de l’humanité
  • Les débats sur la propriété intellectuelle, et sur l’innovation ont été particulièrement animés. Le premier de par les tensions entre les auteurs d’œuvres, les distributeurs et les consommateurs. Le second de par la qualité des intervenants qui en fait une conférence très vivante et intéractive
  • Les conversations de Maurice Lévy avec Nicolas Sarkozy d’une part et avec Marc Zuckerberg d’autre part, étaient particulièrement intéressantes. Je recommande d’ailleurs de les revoir en ligne dans leur intégralité, et de s’accrocher pour suivre le créateur de Facebook qui parle décidément très vite (!)

Je note également quelques points négatifs qui pourront être pris en compte pour l’organisation des futurs e-G8, si tant est que l’initiative se pérennise en amont des prochaines réunions du G8 :

  • La méthode d’animation ne me semble pas forcément efficace pour refléter les points de vue différents et, pour avoir assisté en grande partie à la session de clôture, je doute de la qualité, de l’exhaustivité et de la représentativité des sujets de discussion qui seront remis aux chefs d’Etat. Une interaction plus forte avec la salle, au moyen de la panoplie d’outils 2.0 bien connus des acteurs présents sur la scène, aurait été appréciable. On peut d’ailleurs s’étonner de l’absence d’un Twitter back pendant les débats
  • En complément de ce qui est évoqué plus haut, il n’y avait pas suffisamment de représentants d’acteurs hors du cœur de métier de l’Internet (réseaux, éditeurs logiciel, pure players). Comme le montre l’étude de McKinsey sur la valeur économique générée par Internet, 75% provient désormais d’acteurs qui ne sont pas nés de l’Internet mais sont issus de l’ancienne économie. Or, ils ont aussi une part importante à prendre dans le développement de l’Internet et de ses usages.

Les jours à venir, il sera intéressant de voir comment les chefs d’Etat accueilleront les sujets discussions qui ont émergés de ces deux jours, et comment la multitude d’acteurs de l’Internet poursuivront le débat. A suivre !

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