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La preuve par 9 ! Interview de David Fayon (www.davidfayon.fr)

David Fayon sur sa VIR

  1. Vous allez publier fin septembre Transformation digitale : 5 leviers pour l’entreprise avec Michaël Tartar. Comment est née cette collaboration ?

Avec Michaël, nous nous connaissons depuis l’IAE soit près de 15 ans et avons tous les deux sévèrement baigné dans le numérique. Une certaine Dorothée nous avait mis en contact, merci à elle ! J’avais par ailleurs repéré l’implication de Michaël notamment pour le lancement du site des anciens élèves de l’IAE et sa passion pour le numérique. Plus récemment, lors d’un pot, nous avons échangé sur nos projets respectifs et c’est là que j’avais identifié la complémentarité entre nos expériences respectives pour conduire un projet de mesure de la maturité des entreprises sur Internet. Car il me semblait qu’il y avait une carence d’outil en la matière alors même que le sujet est stratégique et conditionne la croissance future d’une majorité d’entreprises et d’organisations. Le fait que Michaël ait conduit des missions de conseil dans la digitalisation des entreprises conjuguées à ma pratique des référentiels de bonnes pratiques dans la sphère du système d’information (CobiT, CMMI, ITIL notamment) et à l’accompagnement d’entreprises sur le Web a été l’événement déclencheur. Nous avons alors mûri nos réflexions pendant plusieurs mois tout en oeuvrant parallèlement sur d’autres projets dans le numérique – le fait d’être multicasquette ou de la « slash génération ». Puis, voici un peu plus d’un an, nous nous sommes dits, « go pour le projet ».

  1. Quelles ont été les grandes étapes de maturation de votre projet, de sa genèse à la parution en librairie ?

Avant de prendre la plume, nous avons d’abord effectué un état de l’art sur la question de la mesure de la maturité du numérique. Nous voulions passer les sources indispensables au crible. Et nous avons eu confirmation de notre intuition, à savoir l’absence d’outil permettant de mesurer la maturité du digital sur l’ensemble des facettes de la problématique. Ensuite, nous avons travaillé à distance avec des outils collaboratifs et en présentiel pour établir le modèle général avec les 5 grands leviers et l’ensemble des critères, puis le modèle détaillé. Nous avons consacré beaucoup de temps à ces étapes initiales avec de nombreux apports (étude de BCG, état de l’art de Cap Gemini, web index pour la maturité numérique d’un pays, Porter 2.0, etc.). Puis parallèlement à la rédaction et un peu plus tardivement pour avoir de la matière suffisante, nous avons planché sur le site de l’outil qui permet de donner à notre modèle le côté collaboratif et évolutif que nous jugeons indispensable par rapport à la rapidité des changements induits par le numérique. Il sera toutefois indispensable d’inciter au partage pour le bien de l’outil qui profite à tous dans un esprit très « open source ». Celui ou celle qui dirait « Je propose un outil universel qui donne votre maturité numérique » serait au mieux un génie – mais à part Steve Jobs, il y en a fort peu et même Bill Gates avait jeté l’éponge face à ce visionnaire – au pire un usurpateur. Nous n’avons pas Michaël et moi, bien qu’étant dans le numérique depuis chacun de nous plus d’un quart de siècle [j’ai connu le ZX81 qui fut également le premier micro-ordinateur de Xavier Niel], la prétention de tout maîtriser sur un sujet infini et rapidement évolutif par essence. L’apport de l’intelligence des praticiens du modèle et des internautes est indispensable pour faire vivre l’outil. Le buzz sera donc déterminant.

Désormais, la balle est dans le camp de l’éditeur pour les deniers ajustements avant la sortie en librairie le 26 septembre même si l’ouvrage peut d’ores et déjà être précommandé sur Amazon (http://qr.net/transdig).

  1. Comment avez-vous travaillé ensemble sur ce projet ?

Nous avons utilisé les différents canaux complémentaires en fonction des besoins du moment : points téléphoniques (et également via Skype quand le réseau ne passait pas), outils de partage (Google Drive pour les fichiers de travail), réunions physiques, quelques SMS et DM sur Twitter et surtout échanges par méls. Nous mettions en œuvre une stratégie multicanale avec une traçabilité des versions pour assurer la cohérence des réflexions et des travaux produits. Nous avons également effectué de nombreuses relectures croisées, en se challengeant et en procédant par itération et enrichissements mutuels pour en particulier creuser chacun des indicateurs et leur mesure. Pour deux spécimens de la génération X avec un fort côté génération Y et même Z, le caractère multicanal de notre collaboration qui va se poursuivre a été naturel.

  1. Pouvez-vous partager quelques anecdotes qui ont jalonné votre travail d’écriture ?

Michaël a été étonné de me voir débarquer en costard/cravate avec ma VIR [NDLR, véhicule d’intervention rapide, sa trottinette] pour les points de travail. Il est vrai que ce moyen de transport fait gagner un précieux temps en île de France. Sinon, je crois avoir augmenté le niveau de connaissance des produits Starbucks de Michaël. 😉 Enfin, périodiquement dans le cadre de notre veille respective, on a déniché les travaux dans le domaine – essentiellement aux Etats-Unis qui possèdent généralement dans les usages du numérique une loi de Moore d’avance sur nous. Et nous nous sommes échangés les liens pertinents et avons suivi les différentes occurrences de mots clés avec des outils de type Google Trends (https://www.google.fr/trends/). Cela nous a permis entre autres de choisir le nom du livre, exercice marketing délicat s’il en est.

Nous avons assisté voici peu à une conférence sur la Transformation digitale organisée par Les Echos. Alors que Michaël s’était inscrit la veille, son admission lui a été refusée car il était absent sur le listing imprimé. Celui-ci n’était pas en phase avec le fichier dans son dernier état. Un bel exemple d’immaturité numérique et d’absence de vision unique des inscrits (cela aurait été possible via à un accès à la base de données depuis une tablette par exemple) ! La chef de l’hôtesse avait évoqué un peur de manque de place par rapport aux inscrits retardataires et n’avait pas osé prendre une initiative allant dans le sens du client (cf. à ce sujet mon expérience à propos de Carrefour – http://davidfayon.fr/2014/07/carrefour-loin-maturite-numerique/). Résultat, il restait encore un peu de place non pourvue et surtout Michaël a été le top twittos de la conférence en relayant et en commentant… à distance ! Son mécontentement était d’ailleurs patent.

  1. Vous êtes plutôt un tenant du terme « numérique », pourquoi avoir cédé au profit du terme « digital » dans le titre du livre ?

Effectivement, de mon point de vue, le terme numérique est plus étatique (avec le Secrétaire d’Etat à l’économie numérique, la Branche numérique de La Poste, le Syntec numérique, etc.). Mais j’ai considéré que l’argument de Michaël méritait une attention toute particulière à savoir que le digital était très employé dans la sphère marketing et la direction générale qui constituent deux cibles importantes de notre livre et modèle. Finalement j’ai opté pour la suggestion de Michaël qui a soulevé par ailleurs des débats passionnants sur Twitter. En fait, comme disait Jean-Pierre Darroussin dans un film « Je suis comme le roseau, je me courbe mais je ne romps pas ». A contrario, j’ai imposé – mais c’était déjà le cas avec Christine Balagué, Camille Alloing et Paul Cordina – l’usage du mot « mél » pour courrier électronique ou courriel et non email ou l’anglicisme mail.

  1. Vous êtes tous deux férus de course à pied, l’esprit de compétition a-t-il été un atout pour cette collaboration ?

Il faut préciser qu’au départ, je disputais des courses de VTT, des raids et des courses d’orientation tant en individuel que par équipe. Et le fait de migrer sur Paris intra-muros conjugué à la gestion draconienne du temps m’a conduit à troquer le VTT contre la course à pied, plus facile à planifier dans la semaine et avec moins d’entretien de matériel et de distance à opérer pour être dans une zone où l’on peut s’adonner à la pratique du sport. A Paris, faire du vélo reste un enfer et au passage cela le devient également pour les automobilistes, d’où ma VIR que j’évoquais lors de la question 4. Et qui a même récemment bluffé NKM !

Globalement l’esprit de compétition a été bénéfique. Cela a introduit une saine émulation, sachant que l’objectif du sport est d’abord de se dépasser soi-même avant de dépasser les autres et dans le cadre d’un travail d’équipe, il s’agit de faire grandir ses équipiers comme hausser soi-même son niveau de jeu. Globalement, je dirais que l’écriture d’un ouvrage est un marathon et l’effort est à gérer dans la durée avec le mur des 30 km qui correspond à la fin de l’écriture dans le respect du cahier des charges temporel donné par l’éditeur.

  1. Vous vous apprêtez à rejoindre la Silicon Valley, comment comptez-vous utilisez là-bas le modèle que vous avez créé ?

Effectivement. Le fait important à souligner en la matière et alors même que les Américains ont une loi de Moore d’avance sur les usages du numérique comme je le disais précédemment est que nous avons été les pionniers dans la conception de cet outil qui plus est, est collaboratif et évolutif.

Je compte avant tout et à mon niveau aider des entreprises françaises à se développer dans le numérique dans les deux sens, trouver de nouveaux débouchés et marchés pour les entreprises françaises sur la côte Ouest mais aussi intégrer de bonnes idées vues là-bas chez nous car je reste viscéralement attaché à mon pays.

Par ailleurs le développement du modèle pourra également passer par une traduction en anglais sachant que notre modèle ne s’adresse pas seulement aux entreprises du numérique qui globalement ont une maturité digitale supérieure mais à toutes les entreprises et ce à travers les 5 leviers que nous avons défini : organisation, technologie et innovation, personnel, produits et services, environnement.

  1. Quelles sont pour vous les bonnes raisons de lire ce livre que vous allez publier ?

J’en vois trois. Déjà pour toute organisation connaître son niveau de maturité digitale à un instant donné sur les 5 leviers complémentaires et étanches que nous avons identifiés. Ceci lui permet de savoir quelle est la situation actuelle, le fameux « connais-toi toi-même ». Ensuite, pouvoir se comparer avec d’autres acteurs ou concurrents et alimenter sa stratégie en fonction des buts poursuivis :

  • mieux performer que ses concurrents et mieux satisfaire ses clients, administrés, adhérents, etc.
  • développer son chiffre d’affaires,
  • accroître sa visibilité et sa notoriété tant sur Internet que dans la vie physique,
  • recruter plus efficacement, attirer des talents, les former et les fidéliser,
  • innover plus facilement et rapidement grâce au numérique.

Enfin se donner les repères que chaque salarié quelle que soit sa position dans l’organisation doit connaître pour être un acteur du changement dans son travail et un internaute responsable et créateur de valeur pour l’entreprise. Car dans toute organisation demain, le personnel sera acteur en étant ambassadeur de son organisation, développera des connaissances et des compétences tout au long de sa vie pour garantir son employabilité et endossera les différentes casquettes dans le poste occupé : facilitateur, connecteur, expert, manager à des degrés divers.

  1. Quelle question auriez-vous aimé que je vous pose ? 🙂

François Mitterrand qui était d’un autre calibre que l’actuel François disait « Poser une question qui ne se pose pas est la plus sûre façon de prouver qu’elle se pose ». Je pense que vous auriez pu me poser des questions sur certaines expériences d’innovation à La Poste, sur les modèles disruptifs, sur les évolutions du Web. Mais cela sera peut-être l’objet d’autres interviews.

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Interview publiée sur le blog de David Fayon

Transformation digitale_BibliographieTransformation digitale : 5 leviers pour l’entreprise est déjà disponible en pré-commande sur Amazon. Comme charité bien ordonnée commence par soi-même, quand j’écris un livre avec David Fayon (@fayon), il m’interviewe sur son blog. Logique ! Attendez-vous à une réciproque sous peu.

C’est donc avec un grand plaisir que je vous invite à lire « 3 questions à… Michaël Tartar ». Une interview pour comprendre les principes et les originalités du modèle de maturité digitale que nous proposons, comprendre pourquoi nous avons choisi d’élaborer un modèle ouvert et enfin comprendre comment il peut être appliqué dans une démarche de transformation digitale. Un modèle qui s’appuie sur une bibliographie de livres (voir la photo des miens) et d’une multitude d’articles, notes et livres blancs lus en ligne. Quand vous aurez terminé votre lecture, revenez me dire un mot ici, ça me fera plaisir !

Transformation digitale dans la distribution de livres : la loi anti-Amazon est-elle utile ?

AmazonLa loi anti-Amazon est applicable aujourd’hui, et déjà Amazon l’applique sans pour autant que l’impact sur son activité de distributeur de livres soit a priori important. Voilà donc une loi pensée pour contrer un distributeur en ligne et favoriser les libraires physiques, qui risque de ne servir à rien. La loi est-elle pour les libraires physiques, la seule manière de contrer la distribution en ligne ?

Amazon est devenu en quelques années un distributeur de livres majeurs en France. Un éditeur me confiait récemment réaliser plus de 30% de ses ventes via Amazon. On n’est pas loin de la dépendance, comme les hôteliers avec booking.com. Si Amazon s’est autant développé, c’est qu’il répond à un besoin et qu’il le fait en offrant une expérience consommateur de grande qualité. Le catalogue compte des millions de références de livres, la livraison est rapide et de qualité, le prix est compétitif.

Geopolitique d'InternetLes libraires physiques ont-ils pour autant perdu la bataille de la distribution du livre ? De mon point de vue, ils ont pourtant un rôle important à jouer en se concentrant sur leur valeur ajoutée, et en s’adaptant au monde digital dans lequel nous vivons (rappel aux plus étourdis, nous sommes en 2014). Permettez-moi de vous compter une anecdote (promis, ce ne sera pas long). Mon ami David Fayon venait de sortir Géopolitique d’Internet. Me rendant à un rendez-vous à La Défense, je fais un détour par la FNAC du CNIT. Je m’adresse à la libraire qui m’indique qu’elle a mis le livre en tête de gondole. Heureux pour David, je dégaine mon smartphone, le pointe vers la tête de gondole pour prendre une photo, prêt à partager ma joie sur les médias sociaux auprès de mes quelques 1300 followers Twitters, 250 amis Facebook, 1 500 connaissances LinkedIn et milliers de visiteurs de mon blog très spécialisé sur l’Internet. La libraire hurle alors : « ah non, je vous arrête ! Les gens commencent comme ça, prennent des photos, n’achètent pas et nous après, c’est comme Virgin ! » (Virgin était en train de déposer le bilan). Je renonce à prendre la photo, et prend le temps de discuter avec la libraire pour comprendre sa frustration de voir défiler chaque jour des clients qui n’achètent pas, de voir son rayon réduit d’année en année. Non contente de m’avoir empêché de partager ma joie spontanée, elle conclue notre échange en me disant : « comme vous connaissez l’auteur, vous pourriez lui demander de venir présenter son livre ici ? ». Un comble ! Croyez-vous vraiment que j’ai envie de faire un quelconque effort pour l’aider à animer son point de vente ?

Cette personne, aussi sympathique soit-elle, est malheureusement restée bloquée dans un monde qui n’est plus le nôtre. Elle doit faire son deuil d’un modèle de distribution qui a détruit des milliers de petites librairies de quartier. Elle doit surtout adopter le digital, en comprendre les codes, se repositionner dans la chaine de valeur de la distribution de livres, redonner du sens à son métier de libraire. Imaginons par exemple que la FNAC équipe ses rayonnages de QR Code géolocalisés. Le consommateur que je suis, tout heureux de partager sa trouvaille, pourrait alors faire un check-in Foursquare renvoyant tous ceux qui me suivent vers ce point de vente. La libraire pourrait même me prendre en photo devant la tête de gondole et ainsi flatter mon égo (le moteur des médias sociaux, comme chacun sait). Elle pourrait ensuite rebondir sur les traces que j’aurais ainsi laissées sur Twitter, Facebook, LinkedIn, Foursquare, Babelio et pourquoi pas sur le site de la FNAC (qu’attend-elle pour créer une communauté de lecteurs ?), en donnant son point de vue de libraire, en partageant sa perception du sujet traité dans le livre, en quoi il mérite l’attention du lecteur. Ce faisant, elle entrerait immanquablement en discussion avec l’auteur qui pourrait être ravi de se prêter au jeu de la conférence dans le point de vente, qu’il s’y rende physiquement ou virtuellement au travers d’une visio conférence, comme j’ai pu le faire en interviewant Thierry Crouzet, auteur de J’ai débranché (@crouzet) via Skype.

 

FNACAinsi la libraire deviendrait l’animatrice de discussions autour du livre, et non plus seulement la personne qui agence le rayonnage et le range après le passage de clients qui n’achètent pas. Cela suppose une réflexion profonde sur son métier, sur ce qu’elle apporte au lecteur, sur le rôle qu’elle peut jouer au travers des médias sociaux pour animer une communauté de lecteurs, créer du trafic en ligne autour d’elle et sur son point de vente. Elle valoriserait ainsi son rôle essentiel dans la distribution de livres en recréant cet espace d’échanges, ce lien social qui unit les lecteurs, innervé par l’émotion de la lecture et le plaisir du partage. Une transformation digitale qui redonne au libraire la place qu’il mérite avant, pendant et après l’achat du livre.

Pour plus d’informations sur la loi anti-Amazon et ses conséquences, j’invite le lecteur à lire :

Social Drink-Up #6 : Best Practices pour réussir sa transformation digitale

Social Drink-UpAh, la transformation digitale ! Plus une conférence, plus un journal papier ou en ligne, plus un livre sur les nouvelles technologies, plus une émission de TV business qui n’en parle. Mais comment fait-on au juste pour transformer une entreprise et l’adapter au digital ? Tout le monde en parle, mais quelles sont les bonnes pratiques de ceux qui l’ont vraiment fait ? Adobe et Kontest ont demandé à un consultant et à un directeur de la transformation digitale d’une grande entreprise de partager leurs bonnes pratiques, pour cette sixième édition de Social Drink-Up (24 juin 2014). En introduction, Olivier Saint-Léger (@saintleger) a campé le décor en indiquant notamment que 78% des responsables marketing anticipent un changement de leur métier, du fait du digital. Cependant, malgré cette anticipation, les entreprises sont confrontées à un frein au changement majeur. Et curieusement, elles choisissent le plus souvent de donner le lead de la transformation digitale au directeur de la communication et au DSI. Allez comprendre… David Kujas (@dkujas), d’Accenture, a ensuite partagé sa vision de la transformation digitale. Selon lui, c’est avant tout la direction générale qui impulse la transformation digitale. Et je ne peux qu’abonder dans son sens, ce qui pose la question de l’acculturation des dirigeants au digital et de leur compréhension de la profondeur des changements qu’il impose. David Kujas souligne la mise en valeur de deux éléments : les plateformes (comprenez, sans lesquelles le digital n’existe pas) et l’organisation (comprenez, sans laquelle le digital ne fonctionne pas). De mon point de vue (et j’aurai l’occasion d’y revenir bientôt), d’autres éléments sont également à prendre en compte, tels que l’innovation, l’offre (conçue pour et distribuée sur le digital), les ressources humaines ou encore la capacité de l’entreprise à percevoir les changements extérieurs. Pourquoi lancer l’entreprise dans une transformation digitale ? Pour répondre à l’enjeu de faire cohabiter ensemble différents canaux. Car le client ne comprend pas qu’il soit traité différemment selon qu’il s’adresse à l’entreprise dans un point de vente, au téléphone, sur sa tablette ou sur un smartphone. Quels bénéfices l’entreprise peut-elle attendre d’une transformation digitale ? L’expérience consommateur est clairement un des axes de la transformation digitale. Une étude de Watermark Consulting réalisée de 2007 à 2012 montre que les entreprises US cotées qui ont investi sur l’expérience consommateur ont surperformé. Le bénéfice est donc à la fois pour l’entreprise mais aussi pour les actionnaires. Quelles questions se posent les entreprises qui se lancent dans une transformation digitale ? Chez Sanofi, dans une réflexion portée par l’IT, on comprend que les métiers distribueront moins de produits sur prescription et plus de produits OTC (en libre-service dans les pharmacies). Et la DSI de se demander comment elle peut se transformer pour devenir un business partner ? Chez Harmonie Mutuelle, le digital pose la question du rôle du personnel en agence (l’annonce récente des partenariats d’Axa avec Facebook et LinkedIn peut donner quelques indices). Quant aux très grandes entreprises présentes à l’international, la question posée est celle de la place du local et du central ? Quels sont les freins à la transformation digitale ? Deux principaux freins : https://twitter.com/michaeltartar/status/481495605207117824 https://twitter.com/michaeltartar/status/481495793766252544 Sur un plan plus opérationnel, le retour d’expérience de la transformation digitale menée à La Poste par Fabien Monsallier (directeur Innovation Prospective et Transformation Digitale), montre à quel point les grandes structures ne bougent que lorsqu’elles n’ont plus le choix. Pour mobiliser les énergies en interne, Fabien Monsallier explique aux postiers que la satisfaction client à La Poste est passée en 10 ans de 90% à 82%. Une chute vertigineuse qui n’a pas suffi pour mobiliser les équipes. Aujourd’hui, l’accroche des réunions internes de mobilisation est plus brutale : « si on ne bouge pas maintenant, dans 10 ans on est morts ». Ça a le mérite d’être clair. Au cours des présentations et des échanges avec la salle, quelques bonnes pratiques (il s’agit plutôt de conseils) de transformation digitale ont été énoncées :

  • Commencer petit (et démontrer), mais voir grand
  • Faire confiance dans les collaborateurs
  • Faire travailler des silos qui parlent peu (voire par lettres recommandées)
  • Associer des collaborateurs orientés solution et pas problème
  • Former les dirigeants au digital
  • Regarder à l’extérieur de l’entreprise ce qui se passe
  • Rendre le marketing plus technophile
  • Rendre l’IT plus agile et réactive aux demandes du marketing
  • Faire de l’IT un partenaire business
  • Faire du directeur marketing un Chief Experience Officer
  • Penser cross-canal, pas multi-canal
  • Orienter l’entreprise vers ses clients (vraiment)

Enfin lors du débat de conclusion, j’ai pu poser une question qui me taraude : qu’est-ce qui caractérise une entreprise mature sur le plan digital et quels sont les indicateurs clés de la transformation digitale ? La réponse apportée par les intervenants :

  • Changement de business model, y compris en termes de rémunération, comme Accenture rémunéré sur l’usage du service Fiat Uconnect que le cabinet a contribuer à monter
  • Facturation à l’usage, plutôt qu’à la vente
  • Passage d’une logique de produit à une logique de service
  • Réinternalisation des compétences, en particulier de développement (désintermédier le contact développeur)

Et les indicateurs clés me direz-vous ? Voilà une bonne idée de thème pour un prochain Social Drink-Up ! D’ici là, retrouverez quelques bon tweets publiés en séance sur Storify.

[Ajout du 22/07/2014] Pour compléter, lire :

Le Directeur des Activités Digitales (Chief Digital Officer) : effet de mode ou rôle d’avenir ?

Le cabinet Forrester s’est intéressé au rôle émergeant du Directeur des Activités Digitales (ou CDO en anglais pour Chief Digital Officer). S’agit-il d’un effet de mode ou bien d’un siège d’avenir au sein du comité de direction ? Ce rôle apparu sous l’impulsion d’un consommateur connecté toujours plus exigent, sert souvent de catalyseur de la transformation digitale de l’entreprise, au-delà des frontières organisationnelles. Forrester analyse ainsi ce qui motive la création d’un tel rôle, son rattachement organisation et son domaine de compétences.

Le consommateur connecté pousse l’entreprise à s’adapter

Tout le monde le sait désormais, et si vous ne le savez pas, il est vraiment temps de vous informer, le consommateur connecté exige une expérience client fluide, personnalisée et contextualisée sur tous les points de contacts digitaux (ou non), avant, pendant et après son achat. Le consommateur est devenu tout puissant, l’entreprise doit s’y adapter. Point.

Forrester constate cependant que la compétition au sein de l’entreprise pour savoir qui doit diriger l’adaptation au digital, conduit à la confusion des offres de service dans l’expérience client.

Pire, la plupart des entreprises considèrent être digitales car elles fournissent à leurs client une application mobile ou un site e-commerce. Pourtant leur comité de direction souffre d’un manque de culture digitale et d’une incapacité à expliquer la stratégie digitale de l’entreprise, à savoir la feuille de route mobilisant les technologies au service de la stratégie de l’entreprise.

Forrester cite ainsi l’exemple de Blockbuster Video. C’est toujours désagréable d’être cité comme exemple de ce qu’il ne faut pas faire, mais l’expérience peut être utile aux autres. Cette chaîne de magasins de location de DVD a conçu le digital comme un supplément à ses points de vente : au lieu de réinventer son modèle d’entreprise en proposant une expérience client digitale, Blockbuster Video a tenté de copier Netflix en offrant des films par courrier renvoyant vers ses points de vente. Il a ainsi échoué à intégrer les capacités digitales en prenant par exemple en compte l’historique de location de ses clients, ce qui l’a conduit au dépôt de bilan. Funeste destin.

Qui doit donc mener cette adaptation ?

Forrester_digital_ecosystem2La responsabilité des canaux digitaux étant éclatée dans l’organisation, les conflits émergent. Le digital pose la question de la congruence des buts de chaque silo organisationnel. Les indicateurs clés de performance de chaque silo doivent être pensés en privilégiant la cohérence de l’expérience client.

On pourrait s’attendre à ce que le digital, s’appuyant évidemment sur l’informatique, soit logiquement confié au DSI. Or, Forrester constate l’incapacité des DSI à intégrer le digital au sein de leurs équipes, probablement de par la pression sur les budgets IT. Résultat, comme le montrait le Adobe Digital Marketing Summit, les Directions Marketing préemptent des budgets IT.

La nomination d’un patron du digital, au plus haut niveau de l’organisation, est absolument nécessaire, même si ce patron est rattaché au Directeur Marketing ou au DSI. L’important est qu’il soit investi d’un périmètre de responsabilité qui embrasse toute l’entreprise, qu’il ait la responsabilité de proposer une expérience client fluide et puisse organiser l’entreprise en conséquence.

Forrester observe que le choix du rattachement organisationnel du responsable de la transformation digitale de l’entreprise dépend de deux facteurs :

  1. Le niveau de compétences digitales des responsables en exercice, pouvant conduire à la formation d’un bon binôme entre le Directeur Marketing et le DSI, chacun nommant un responsable digital dans son domaine, les deux travaillant en étroite collaboration.
  2. Le niveau de maturité des capacités digitales au sein de l’organisation, menant à la nomination d’un directeur des activités digitales (CDO) s’appuyant sur les équipes digitales les plus fortes au sein de l’organisation.

Quels sont les domaines de compétences du directeur des activités digitales ?

Forrester a identifié trois grands domaines de compétences du Chief Digital Officer :

  1. Stratégique : établir et formaliser la vision de l’entreprise opérant dans un monde digital
  2. Transformationnel : faire évoluer l’entreprise en recrutant les compétences clés
  3. Opérationnel : conduire les opérations courantes en ayant la responsabilité du P&L des canaux digitaux

Un rôle transitoire, catalyseur et accélérateur de la transformation digitale, amené à disparaître une foi que l’entreprise sera digitalisée. Le CDO est donc par nature amené à réfléchir à son propre repositionnement, par exemple en tant que patron de BU.

La transformation numérique, note de lecture


La transformation numérique des entreprises, tout un roman ! Bien-sûr le sujet est complexe, technologique, social, politique, organisationnel… On ne sait par quel bout le prendre. Pour avoir une petite idée du chemin à parcourir pour numériser (ou digitaliser) une entreprise, Philippe Colin (@phicolin) raconte une histoire. Une histoire qu’un DG pourra lire en quelques heures. Un DRH, un DSI, un directeur marketing, un directeur commercial pourra également être intéressé par ce propos simple et qui a le mérite de ne pas noyer le lecteur. Un roman professionnel en somme, racontant l’histoire d’une entreprise soumise à de fortes tensions sur son marché et qui doit se réinventer avec le numérique.

Ce que j’ai aimé

Le côté vivant de l’ouvrage est son principal atout et son originalité. Les personnages sont quelques peu caricaturaux, et aident à la compréhension du propos. Le découpage dynamise la lecture (un chapitre se lit bien entre deux stations de RER). Le scénario est facile à suivre et il est ainsi aisé de le projeter dans l’environnement de son entreprise.

Pour le néophyte qui se demande « mon entreprise a-t-elle vraiment besoin de se transformer avec le numérique ? », le propos est facile d’accès, sans jargon technique ou mot du moment à la mode. L’effort de pédagogie est ainsi à souligner. C’est donc un livre qui se lit vite (moins de 150 pages) et qui permet d’appréhender la problématique.

Chaque chapitre distille au travers d’une histoire, quelques bonnes pratiques à retenir. Une sorte de pense-bête sur lequel revenir si vous vous lancez dans la transformation numérique de votre entreprise.

Au-delà du livre, le lecteur est invité à approfondir sa lecture sur le site dédié à l’ouvrage. L’idée est bonne, mais pour une raison que j’ignore, lorsque je m’y suis rendu, le site ne contenait qu’une seule page rappelant les 7 clés de la transformation numérique, sans donner plus de détails.

Ce que j’ai moins aimé

Le propos me semble donner trop d’importance à l’intranet 2.0. Bien que le sujet me semble essentiel pour une entreprise digitale, d’autres aspects auraient mérité d’être développés plus en détails, tels que la mise en place d’écosystèmes numériques, les techniques d’acquisition de trafic et de fidélisation d’audience, l’innovation collaborative, l’impact du digital sur les budgets, etc.

Autant l’histoire romancée rend le propos facile d’accès, autant ce procédé littéraire a l’inconvénient de ne pas suffisamment ancrer le propos dans la réalité. J’aurais apprécié de trouver des retours d’expériences réels, des témoignages d’entreprises, des guides méthodologiques.

Autre inconvénient de l’angle de traitement choisi par l’auteur et son éditeur, l’ouvrage m’a parfois semblé manquer de profondeur. C’est malheureusement logique compte-tenu du parti pris éditorial. Le lecteur qui cherche des outils approfondis sera déçu. Celui qui veut une vision d’ensemble de la problématique y trouvera son compte.

Enfin, j’ai été surpris par le positionnement prix de l’ouvrage, trop élevé à mon goût pour un roman, même s’il est destiné à un public de professionnels.

Conclusion

Je recommande la lecture de « La transformation numérique » à un public néophyte qui veut comprendre en quelques heures les enjeux business du digital. Comprendre comment des certitudes et les jeux politiques des organisations conduisent à des impasses. Comprendre comment une organisation oppose des résistances à sa digitalisation, pourtant inéluctable.

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